Le durcissement du dispositif américain contre les exportations pétrolières iraniennes menace l’approvisionnement des raffineries indépendantes chinoises, principales clientes du brut iranien. Pékin reste le débouché essentiel de Téhéran, mais les sanctions compliquent désormais les paiements, le transport et l’accès aux infrastructures portuaires.
Les raffineries indépendantes chinoises, notamment celles de la province du Shandong, font face à une pression croissante alors que Washington intensifie son dispositif visant à réduire les exportations de pétrole iranien. Ces « teapots », qui constituent les principaux acheteurs du brut iranien, dépendent largement de cargaisons transportées par une flotte parallèle et de réseaux logistiques permettant de contourner les sanctions américaines. La situation devient d’autant plus délicate que les États-Unis ciblent directement les infrastructures chinoises impliquées dans le commerce du pétrole iranien. En mai, Washington avait notamment sanctionné le terminal pétrolier Qingdao Haiye, accusé d’avoir réceptionné des dizaines de millions de barils de brut iranien.
Les raffineries indépendantes chinoises jouent depuis plusieurs années un rôle central dans l’absorption du pétrole iranien. Elles disposent d’une plus grande flexibilité que les grands groupes publics chinois pour acheter des cargaisons faisant l’objet de restrictions internationales.
Selon les données de S&P Global, publiées le 20 août, ces raffineries indépendantes avaient importé environ 1,49 million de barils par jour de brut iranien au premier trimestre 2026, soit une hausse de 3 % sur un an.
Mais cette dépendance devient désormais une vulnérabilité. Les sanctions américaines ne visent plus seulement les producteurs ou les négociants iraniens : elles frappent également les raffineries, terminaux, navires et intermédiaires chinois participant à ces flux.
Le transport devient le principal obstacle
Le problème ne se limite pas à la disponibilité du pétrole. Les raffineries chinoises doivent également sécuriser le transport, les assurances, les paiements et les infrastructures capables de réceptionner les cargaisons. Washington a notamment ciblé plusieurs acteurs de la chaîne logistique chinoise, tandis que des navires de la « flotte fantôme » utilisés pour transporter le brut iranien font eux aussi l’objet de sanctions.
Cette pression augmente les coûts et les risques pour les acheteurs chinois. Elle pourrait également réduire l’avantage de prix traditionnellement associé au brut iranien, les raffineries devant intégrer une prime de risque liée au transport et aux sanctions.
La Chine reste pourtant le principal débouché
Malgré la pression américaine, la Chine demeure le principal acheteur du pétrole iranien. Une analyse de Kpler publiée en juin estimait déjà que les raffineries indépendantes chinoises resteraient les principaux clients du brut iranien, même après l’assouplissement temporaire des sanctions américaines. Cette situation confère à Pékin un rôle déterminant dans la capacité de Téhéran à maintenir ses recettes pétrolières.
Les autres raffineurs asiatiques se montrent beaucoup plus prudents. Les stocks constitués avant l’entrée en vigueur des nouvelles mesures et le risque d’un retour des sanctions américaines limitent leur volonté de se fournir en brut iranien.
Pour Washington, l’objectif est clair : réduire au maximum les revenus pétroliers de l’Iran en s’attaquant à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, y compris en Chine. Le Trésor américain considère les raffineries indépendantes chinoises comme l’un des principaux débouchés du pétrole iranien et cherche à couper ce canal de financement.
Pour Pékin, en revanche, ces sanctions constituent une nouvelle source de friction avec Washington et risquent de perturber l’approvisionnement de plusieurs raffineries indépendantes.
Le bras de fer dépasse donc désormais la seule question iranienne. Il touche directement les flux pétroliers entre le Moyen-Orient et la Chine et pourrait modifier durablement les circuits d’approvisionnement des raffineries asiatiques.
Si la pression américaine se poursuit, les raffineurs chinois devront choisir entre réduire leurs achats iraniens, accepter des coûts et des risques plus élevés ou renforcer encore leurs réseaux alternatifs d’approvisionnement.