« Transformer les actions climatiques en investissements : quels sont les enjeux climatiques ? » Telle est la question centrale qui a rythmé l’atelier national tenu ce mercredi 7 octobre 2026 à l’Académie diplomatique, sur le thème : « Mobiliser les financements climatiques pour une transition juste en Tunisie ».
Présent à cet événement, le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, a insisté sur la nécessité de faire de la Tunisie un acteur engagé de l’action climatique, à l’échelle nationale comme internationale.
« Aujourd’hui, la question du financement climatique n’est pas anodine. Elle ne se limite pas à l’environnement au sens strict ; elle touche au développement, à l’investissement et à la transformation économique », a-t-il déclaré. Il fait écho aux échanges du Sommet sur l’action climatique et la transition, convoqué récemment à New York par le Secrétaire général des Nations unies.
A cet égard il a déclaré que les discussions de ce sommet ont mis l’accent sur deux priorités : accélérer l’action climatique et élargir l’accès des pays en développement aux financements, ainsi qu’aux mécanismes de mise en œuvre.
Un potentiel sous-exploité
« La Tunisie dispose d’un potentiel important. Elle peut mobiliser davantage les ressources offertes par les mécanismes multilatéraux et mieux tirer parti de la diversité croissante des instruments disponibles », a affirmé le ministre.
Pourtant, la mobilisation actuelle reste en deçà des besoins et des ambitions climatiques du pays. « Le défi est double : il faut mobiliser davantage, mais aussi mobiliser autrement », a-t-il souligné.
Les subventions restent essentielles, notamment pour les projets d’adaptation et les investissements prioritaires. À ce propos, Mohamed Ali Nafti a salué l’initiative de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO) et son accompagnement de la Tunisie. Tout en lançant un appel à ses partenaires pour s’engager davantage dans la concrétisation de cet objectif.
De projets dispersés à des programmes structurés
Le ministre a également appelé à mieux valoriser les opportunités offertes par l’article 6 de l’Accord de Paris, « lorsque les conditions seront réunies ». L’idée : passer de projets dispersés à des programmes intégrés, d’une approche ponctuelle à une démarche pragmatique et stratégique de mobilisation des ressources.
« Il ne s’agit plus seulement de chercher un financement pour un projet, mais de construire des projets bancables, capables d’attirer et de combiner plusieurs sources de financement », a-t-il expliqué.
Cette capacité de structuration permettrait de passer d’initiatives isolées à des investissements de plus grande ampleur, à impacts durables pour l’économie, les territoires et les populations.
La diplomatie climatique au service du développement
Cette évolution concerne aussi l’action diplomatique tunisienne. « La mobilisation des financements climatiques et environnementaux est aujourd’hui un axe majeur de notre diplomatie », a rappelé Mohamed Ali Nafti. Il note que cette question a figuré parmi les priorités de la 88e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.
« Notre réseau diplomatique a un rôle important à jouer : identifier les opportunités, rapprocher les acteurs, faciliter le dialogue avec les partenaires et promouvoir des projets tunisiens susceptibles de bénéficier de financements internationaux », a-t-il ajouté.
L’atelier s’inscrit dans cette dynamique et vient prolonger le travail engagé avec le ministère de l’Environnement, notamment à travers la conférence organisée en juin 2025, en synergie avec l’ensemble des partenaires.
Renforcer la coordination nationale
« La mobilisation des financements commence par une meilleure coordination nationale », a insisté le ministre. Il a appelé à renforcer la coordination interinstitutionnelle, mais aussi avec les acteurs économiques, les collectivités territoriales et les partenaires techniques et financiers.
« Nous avons besoin d’une vision commune des priorités et d’un portefeuille de projets solides et structurés », a-t-il dit, soulignant l’importance de cet atelier pour rapprocher expertises nationales et internationales, mieux comprendre les attentes et critères des mécanismes de financement et identifier des solutions concrètes et réalisables.
« Notre objectif doit être simple : transformer nos ambitions climatiques en investissements concrets, nos priorités en projets, et nos projets en résultats », a-t-il conclu.
Habib Abid : des projets pilotes sur le terrain
Pour sa part, le ministre de l’Environnement, Habib Abid a dressé un état des lieux des initiatives en cours. Il a évoqué notamment le développement d’une « ceinture verte » pour lutter contre l’envahissement des sables dans les gouvernorats les plus touchés, grâce à des plantations qui profiteront aux populations locales et s’appuieront sur la valorisation des eaux usées.
Il a également cité plusieurs projets concrets :
- Trois projets d’énergie solaire à Sidi Bouzid, d’une capacité totale de 100 MW, en coopération avec le Japon;
- Un projet de valorisation des déchets dans la décharge d’El Abid;
- Des initiatives autour des barrages, de la production d’électricité, de la surveillance des forêts et des bassins versants;
- Le développement du transport électrique et l’installation de systèmes d’assainissement autonomes, testés actuellement et destinés à être déployés à Tunis, Monastir et Djerba.
Le ministre a aussi alerté sur la montée du niveau de la mer, estimée à environ 30 cm l’année dernière sur certaines zones côtières, et appelé à renforcer la coopération avec des institutions de recherche en Italie et en France pour mieux anticiper ces phénomènes.
Réduire les délais de validation des projets
Enfin, Habib Abid a souligné la nécessité de réduire le temps entre la présentation et la validation des projets de financement climatique. « Ce sont des processus longs et complexes, qui exigent une forte capacité technique. Nos projets sont difficiles à concevoir et à aligner sur les exigences des différents bailleurs », a-t-il reconnu. Tout en appelant à simplifier et accélérer ces mécanismes dans le cadre de cet atelier.