Le Soudan vient de lancer un projet innovant de comptage net qui permet aux foyers et aux entreprises de produire leur propre électricité solaire et de revendre le surplus au réseau national. Baptisé « Banque d’énergie »…
Dans les années à venir, les foyers au Soudan pourraient bien passer du statut de simples consommateurs d’électricité à celui de fournisseurs du réseau national. C’est l’ambition du projet « Banque d’énergie », dont les premières phases de mise en œuvre viennent d’être lancées. Ce programme, porté par un partenariat entre l’Organisation humanitaire pour les migrants et la Compagnie soudanaise d’électricité, vise à instaurer un système national de comptage net, permettant à chaque bâtiment équipé de panneaux solaires de revendre l’électricité excédentaire qu’il produit.
L’objectif est clair : ajouter des milliers de mégawatts d’électricité propre au réseau national d’ici dix ans. Selon Al-Nadhir Saad Ali, directeur de l’autorité technique de contrôle de l’électricité, ce système pourrait considérablement réduire les coupures de courant et la dépendance du Soudan aux carburants importés, dont le coût pèse lourdement sur l’économie du pays. À terme, le projet contribuerait à faire du Soudan un hub régional d’énergie renouvelable.
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Un déploiement en trois phases
Le projet sera déployé en trois étapes progressives. Il débutera par le secteur résidentiel, avant de s’étendre aux établissements d’enseignement et aux sites de production industrielle. La dernière phase du projet vise à toucher les zones rurales et les infrastructures publiques, afin de garantir un accès équitable à cette nouvelle forme de production décentralisée.
L’idée est de généraliser l’installation de systèmes solaires photovoltaïques sur les toits des habitations, des commerces, des fermes et des usines. Chaque producteur pourra ainsi consommer l’électricité qu’il génère et reverser le surplus au réseau, moyennant une compensation financière. Ce modèle, qui transforme les consommateurs en « prosumers » (producteurs-consommateurs), vise à alléger la pression sur un réseau électrique national souvent défaillant.
Des défis majeurs à surmonter
Cependant, le chemin vers une telle transition énergétique est semé d’embûches. Les autorités soudanaises identifient plusieurs obstacles majeurs. Tout d’abord, la fragilité du réseau électrique : les infrastructures vieillissantes peinent à intégrer une production fluctuante et décentralisée. Ensuite, l’instabilité de l’approvisionnement, la vétusté des équipements, la fraude aux compteurs et les pertes techniques qui grèvent les recettes du secteur sont aussi des défis à relever. En outre, le manque de financement pour l’installation massive de panneaux solaires, l’adaptation du réseau et la faible sensibilisation des populations aux avantages des énergies renouvelables ralentissent la mise en œuvre du projet.
Pour surmonter ces défis, le directeur du projet plaide pour des politiques gouvernementales plus incitatives, avec des facilités fiscales et des subventions ciblées. Il estime que la « Banque d’énergie » représente un modèle de partenariat innovant entre la société civile et l’État, susceptible de contribuer à élargir la base de production d’électricité, d’améliorer la stabilité de l’approvisionnement et de réduire la facture énergétique du Soudan. Et ce, tout en participant à la lutte contre le changement climatique.
En misant sur le potentiel solaire de ses habitants, le Soudan espère transformer une faiblesse (son réseau électrique défaillant) en une force (une production d’énergie propre et décentralisée). Ce projet, s’il est mené à bien, pourrait servir de modèle pour d’autres pays en développement confrontés aux mêmes défis énergétiques.