Un ouvrage collectif consacré à l’écrivain Philippe Forest est paru fin 2025 chez Sud Éditions. Intitulé Horizons littéraires et résonances critiques. Autour de Philippe Forest, il a été dirigé par Haytham Jarboui, enseignant universitaire à la Faculté des Sciences de Tunis, et Salma Zouari, tous deux membres du laboratoire Intersignes (LR14ES01), à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis. La préface est signée du professeur Kamel Skander.
Le choix du titre n’est pas anodin. Le mot « horizon », explique le chercheur dans une déclaration à l’Économiste Maghrébin, renvoie à une idée d’ouverture, d’avenir, de perspectives vers des mondes nouveaux en littérature ; les « résonances critiques », elles, traduisent un besoin de faire dialoguer les voix, sous toutes leurs formes. L’ouvrage, précise-t-il, a été bien accueilli, d’abord par les contributeurs eux-mêmes, à commencer par Philippe Forest, puis par plusieurs universités tunisiennes : au fil de sa gestation, le projet, initié par Intersignes, avait impliqué la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba et l’Institut Supérieur des Langues de Tunis.
Ni actes de colloque, ni séminaire : un livre construit comme un dialogue
Interrogé sur la nature exacte de l’ouvrage, souvent confondu avec des actes de colloque ou un recueil de séminaires, Haytham Jarboui est catégorique : il ne s’agit ni de l’un ni de l’autre. Le livre prend la forme d’une série d’échanges, structurés en trois parties, où cette logique de mise en relation des voix reste le fil conducteur de l’ensemble.
La première partie interroge la conception même du roman et son rapport au réel. C’est une question que le chercheur juge complexe, mais fondamentale, dans la mesure où elle s’ancre directement dans la vie réelle. La deuxième partie, intitulée Écrire, traduire, transmettre : la construction d’un espace de dialogue culturel, repose précisément sur cette rencontre des cultures : elle réunit des intervenants tunisiens ainsi que des contributeurs européens, parmi lesquels Philippe Forest lui-même, Simona Modreanu de Roumanie, Sophie Jaussi, de Suisse, et Gabriella Bosco, de l’université de Turin, en Italie. Haytham Jarboui souligne la richesse de ces échanges et invite les lecteurs à explorer la pluralité des univers convoqués autour d’un auteur qu’il présente comme attaché à la fois à la France et à l’espace de l’Extrême-Orient, notamment la Chine et le Japon.
Les enjeux de l’écriture aujourd’hui
La troisième partie de l’ouvrage revient sur les enjeux mêmes de la création littéraire : à quoi sert-elle, à quoi bon écrire, pourquoi continuer à publier. Ces questions, rappelle Haytham Jarboui, font écho à celle posée en son temps par Sartre dans Qu’est-ce que la littérature ?, une interrogation qu’il juge toujours vivante, y compris en dehors du monde universitaire, chez les sociologues, les philosophes et jusque dans le grand public. Il invite, à ce titre, à la lecture d’un article de Philippe Forest intitulé Que peut encore la littérature ? 50 ans après Sartre.
L’ouvrage propose également une confrontation entre quatre auteurs, dont trois écrivains tunisiens : Monia Kallel, Ahmed Mahfoudh et Mouha Harmel. Ce dernier a, selon Haytham Jarboui, déjà engagé un dialogue avec Philippe Forest.
Au cœur de cette réflexion collective se trouvent des problématiques que le chercheur qualifie d’urgentes et d’importance capitale pour le monde universitaire : l’autobiographie, l’autofiction et, plus largement, la question de l’identité, autour desquelles se positionne l’ensemble du livre. Haytham Jarboui précise avoir consacré ses recherches, pendant plusieurs années, à l’œuvre de Philippe Sollers, avant d’opérer un changement de cap vers les romans de Philippe Forest. Il décrit cette réorientation comme particulièrement fructueuse, puisqu’elle a notamment abouti à la publication de cet ouvrage collectif.
Un auteur à découvrir dans son ensemble
Philippe Forest y est présenté comme écrivain, essayiste et universitaire, auteur de plus d’une dizaine de romans ainsi que de plusieurs articles scientifiques et essais. Son travail, selon Haytham Jarboui, ne se limite pas à la littérature : il touche aussi à des questions culturelles qui reviennent avec force et commencent à occuper le débat public en Tunisie et dans le reste du Maghreb.