Depuis plusieurs semaines, les coupures d’électricité à répétition observées se multiplient à travers le pays, plongeant usines et ateliers dans l’incertitude. Pertes de production, surcoûts cachés, image ternie auprès des partenaires étrangers, investisseurs échaudés… la facture s’alourdit et menace la confiance déjà fragile des opérateurs économiques. Pour décrypter l’ampleur du phénomène, nous avons contacté Foued Gueddich, président de Taste Tunisia ( agrigold international), membre du bureau exécutif de la Conect et ancien président de la CONECT International qui a livré à partir de son expérience en tant qu’exportateur sur l’impact des coupures d’électricité.
Selon lui, les coupures répétées ont des effets directs et lourds pour les entreprises exportatrices. Il illustre son propos par le cas d’une conserverie totalement exportatrice qui livre aujourd’hui vers 26 pays. Il précise à cet effet: « Une commande destinée à la France a dû être reportée à cause d’une coupure d’électricité de plusieurs semaines. Ce retard a ralenti les exportations et détérioré l’engagement de l’entreprise auprès des clients, notamment les grandes surfaces européennes, très exigeantes sur les délais de livraison. »
Il rappelle entre autres, que dans la chaîne de transformation des légumes, épluchage, lavage, préparation, broyage des poivrons et des tomates, puis mise en bocal et pasteurisation, l’électricité est indispensable. Tout en ajoutant: « Si la pasteurisation est interrompue (par exemple en fin de journée), le produit sort du circuit et, au bout d’une heure à une heure et demie, il devient impropre à la commercialisation et doit être détruit. La perte couvre non seulement les matières premières mais aussi la main-d’œuvre et tous les intrants (huile, ail, bouchons, etc.), entraînant des coûts cachés importants qui se chiffrent parfois en milliers de dinars ».
Autrement dit, un arrêt d’électricité provoque un blocage complet et une perte de production (downtime). En revanche, pour y rémedier, les critères prioritaires pour un investisseur figurent la stabilité économique, la qualité de la main-d’œuvre et la fiabilité du réseau électrique. Si ce dernier fait défaut, l’investissement n’arrive pas.
Aujourd’hui, la question qui s’impose: quelle(s) serai(en)t la ou les solution(s) face aux coupures? A cette interrogation, il a répondu que de nombreuses entreprises ont dû recourir massivement aux générateurs et aux batteries. Tout en soulignant: « Cette solution de secours alourdit les coûts de production. Ce qui modifie les comportements économiques, parfois au détriment de l’efficience. »
Enfin, Foued Gueddich appelle à une réforme du cadre énergétique pour améliorer les relations avec les opérateurs, rendre le secteur attractif aux yeux des investisseurs et responsabiliser les consommateurs. Il souligne qu’une énergie fiable est une condition essentielle du développement industriel et de la confiance des opérateurs économiques. Tant que la situation perdure, certains investisseurs pourraient changer de cap en allant vers d’autres marchés, freinant ainsi l’attractivité économique du pays.