La fermeture prolongée du détroit d’Ormuz ne menace plus uniquement les marchés pétroliers, elle perturbe désormais une partie essentielle des chaînes industrielles mondiales, notamment les approvisionnements en soufre et en acide sulfurique, deux matières premières cruciales pour l’industrie chimique, les engrais, les batteries et les métaux stratégiques. Selon le Wall Street Journal du 11 mai, une part importante des exportations mondiales de soufre transitant habituellement par le Golfe a été bloquée par la crise actuelle.
Le soufre est un sous-produit essentiel du raffinage pétrolier et gazier dans les pays du Golfe. Or, la paralysie du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz a fortement réduit les flux disponibles sur les marchés internationaux. Plusieurs industriels redoutent désormais une pénurie mondiale d’acide sulfurique, indispensable à la fabrication d’engrais, au raffinage des métaux comme le cuivre ou le nickel, ainsi qu’à la production de batteries et de semi-conducteurs.
D’après plusieurs analyses industrielles, près de 50 % du commerce maritime mondial de soufre transite normalement par le détroit d’Ormuz. La fermeture du passage stratégique provoque donc une onde de choc bien au-delà du seul secteur énergétique.
Les premiers effets apparaissent déjà sur les marchés des matières premières. Les prix des engrais ont fortement augmenté depuis le début de la guerre entre l’Iran et les États-Unis. Tandis que les producteurs de cuivre, d’aluminium et de métaux destinés aux technologies vertes craignent des ruptures d’approvisionnement. Le Chili, grand producteur mondial de cuivre, fait partie des pays particulièrement exposés en raison de sa dépendance aux importations d’acide sulfurique.
La crise affecte également l’industrie alimentaire mondiale. Les engrais azotés et phosphatés dépendent largement du soufre et de l’ammoniac produits dans le Golfe. Plusieurs analystes estiment qu’une perturbation prolongée pourrait entraîner une hausse des coûts agricoles et accentuer les tensions sur les prix alimentaires mondiaux dans les prochains mois.
Cette situation illustre l’ampleur stratégique du détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial mais aussi une part importante du gaz naturel liquéfié, des engrais, de l’aluminium et de plusieurs matières premières critiques. La crise actuelle est désormais décrite par certains experts comme la plus grave perturbation des chaînes énergétiques et industrielles depuis les chocs pétroliers des années 1970.