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Marchés agricoles en Tunisie : plaidoyer pour une réforme structurelle des circuits de distribution

Hamza Marzouk
2026/05/12 at 8:04 PM
par Hamza Marzouk 9 Min Lecture
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agricoles
Image générée par ChatGPT.
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Lors de la 10ème édition du Tunisia Economic Forum, tenue le 12 mai 2026, Ahmed Ben Kheder, consultant, a présenté les conclusions de l’étude « Remise en état des circuits de distribution des produits agricoles », réalisée par l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE). Sa vision est claire : refonder en profondeur les marchés de gros tunisiens pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande, limiter les distorsions de prix et restaurer la compétitivité du secteur agricole. Pour y parvenir, il a développé une feuille de route articulée autour de trois piliers stratégiques, assortie d’un mécanisme de financement dédié.

Le consultant a dressé un état des lieux sans concession. La multiplication des intermédiaires constitue, estime-t-il, la source principale de distorsion des prix, sachant que plus de 50% des échanges de produits agricoles dans les circuits de distribution sont accaparés par des intermédiaires informels, selon l’étude présentée lors du forum. Cette situation est aggravée par une forte évasion fiscale, des difficultés juridiques persistantes et une absence de traçabilité. Les contrats de concession, trop courts, découragent l’investissement privé : on ne peut raisonnablement attendre un engagement à long terme lorsque les conditions contractuelles ne permettent pas le retour sur investissement. S’y ajoutent l’absence d’expertise technique municipale spécialisée dans la distribution des produits agricoles, la dégradation avancée des abattoirs ainsi que l’absence totale de systèmes informatiques de suivi.

Contents
Lors de la 10ème édition du Tunisia Economic Forum, tenue le 12 mai 2026, Ahmed Ben Kheder, consultant, a présenté les conclusions de l’étude « Remise en état des circuits de distribution des produits agricoles », réalisée par l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE). Sa vision est claire : refonder en profondeur les marchés de gros tunisiens pour rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande, limiter les distorsions de prix et restaurer la compétitivité du secteur agricole. Pour y parvenir, il a développé une feuille de route articulée autour de trois piliers stratégiques, assortie d’un mécanisme de financement dédié.Trois piliers pour une réforme en profondeurSpécialisation et modernisation des marchés de grosDes bénéfices économiques et sociaux attendus

La législation en vigueur est apparue à l’expert à la fois dispersée et obsolète. Elle repose sur des mécanismes d’attribution des concessions fondés exclusivement sur l’offre financière, une logique du « mieux-disant » financier qui ignore la qualité de service et les capacités de gestion des candidats. Par ailleurs, des travaux de réhabilitation avaient déjà été engagés entre 2002 et 2008 sans produire les effets escomptés, faute d’une vision d’ensemble et de mécanismes de gouvernance adaptés. Cette expérience illustre, souligne-t-il, la nécessité d’inscrire toute réforme dans un cadre stratégique cohérent plutôt que d’agir par interventions ponctuelles.

Trois piliers pour une réforme en profondeur

Face à ce diagnostic, le consultant a structuré ses propositions autour de trois axes complémentaires. Ces axes stratégiques sont les suivants : moderniser le cadre légal et les infrastructures, intégrer l’informel dans le circuit organisé et développer l’agriculture contractuelle, ainsi que mettre en place un écosystème numérique afin de raccourcir la chaîne de valeur entre producteur et consommateur. Le premier pilier porte sur la professionnalisation de la gestion physique des marchés, avec la création d’agences spécialisées et le recours à des gestionnaires qualifiés, que ce soit par délégation au secteur privé ou par une gestion directe et professionnalisée des municipalités. Dans le cadre de la modernisation du cadre réglementaire, l’étude recommande la création d’un code unifié et simplifié des circuits commerciaux, les textes actuels étant jugés dispersés et obsolètes, ainsi que l’adoption de contrats de concession de longue durée afin d’encourager l’investissement et garantir la qualité des services et l’entretien des infrastructures.

Le deuxième pilier vise à attirer des investissements de qualité et à créer de la valeur autour du produit. Il s’agit de passer à une logique de sélection fondée sur la qualité de service, et non plus sur la seule capacité financière des soumissionnaires, mais aussi d’adopter des contrats suffisamment longs pour permettre le retour sur investissement, ainsi que d’élaborer un document de référence servant de cadre normatif pour les appels d’offres. S’agissant de l’intégration du secteur informel, Ben Khedher propose l’enregistrement des intermédiaires dans les registres officiels afin de leur délivrer des cartes professionnelles, accompagnées d’incitations fiscales et sociales, leur rôle étant limité à l’approvisionnement et au transport sous supervision réglementaire. Pour mieux structurer la production, l’étude insiste sur la mise en place de contrats préalables entre producteurs et acheteurs, définissant les prix, les volumes et les délais.

Le troisième pilier, transversal, concerne la coordination entre les niveaux central et local, avec une meilleure articulation institutionnelle, une définition claire des attributions de chaque acteur et la mise en place d’un cadre juridique cohérent. Afin de raccourcir la chaîne de valeur grâce au digital et aux circuits locaux, l’étude recommande la création d’une plateforme numérique nationale unifiée de traçabilité et de facturation électronique, baptisée « e-marché ». Elle propose également la mise en place de circuits courts, à travers un réseau national de centres de collecte et de réfrigération, des « Farm Markets » urbains et des unités de transformation intégrées aux marchés de gros pour valoriser les invendus, avec un objectif « zéro perte ».

Spécialisation et modernisation des marchés de gros

L’intervenant a défendu la création de marchés de gros spécialisés par filière, avec des infrastructures dédiées respectivement aux viandes rouges, aux viandes blanches et aux produits de la mer. Cette spécialisation permettrait d’améliorer les conditions sanitaires, de renforcer la traçabilité et de professionnaliser l’ensemble de la chaîne logistique.

Pour financer ce programme de réhabilitation, le consultant a proposé la création d’un fonds national dédié, alimenté par les contributions des opérateurs du secteur. Ce mécanisme serait calculé sur la base des volumes traités et non sur la valeur des produits, afin d’éviter tout effet inflationniste sur les prix à la consommation. Le fonds serait adossé à une unité de gestion permanente chargée du suivi de la qualité et de la durabilité des infrastructures tout au long de l’année. Il a également préconisé la relance de petites entreprises aux côtés des opérateurs existants, pour stimuler la concurrence et améliorer la qualité de service.

Des bénéfices économiques et sociaux attendus

Les réformes proposées produiraient des effets à deux niveaux. Sur le plan économique, elles réduiraient les distorsions de prix, limiteraient le commerce parallèle et amélioreraient la compétitivité des filières agricoles. Selon l’étude, élaborée à partir des données de la Société tunisienne des marchés de gros (SOTUMAG) et de l’Institut national de la statistique (INS), la réforme des circuits de distribution permettrait à l’État d’accroître ses recettes fiscales, d’assurer un suivi en temps réel des échanges et de renforcer la lutte contre la spéculation. Des retombées sociales sont également attendues, notamment une hausse des revenus des agriculteurs grâce à la réduction des intermédiaires superflus. Les prix de détail devraient par ailleurs baisser pour les consommateurs, avec une amélioration des garanties en matière de sécurité sanitaire et de qualité. L’étude prévoit aussi une réduction importante du gaspillage alimentaire, une meilleure rentabilité des investissements logistiques ainsi qu’une baisse de la corruption et des disparités régionales.

Sur le plan social, elles contribueraient à stabiliser les prix pour les consommateurs et à améliorer les conditions de travail des acteurs de la chaîne de distribution. La feuille de route de cette réforme, prévue sur cinq ans, comprend une phase d’amorçage (2026-2027) consacrée à l’élaboration du décret gouvernemental encadrant les nouvelles formules de gestion, à l’activation d’un fonds de soutien aux entrepreneurs, au lancement pilote de la plateforme numérique nationale des prix et à la création de deux sociétés régionales pilotes chargées de la gouvernance. La phase de déploiement (2028-2030) prévoit, quant à elle, la réhabilitation de cinq marchés de gros et de deux abattoirs selon les normes internationales, la révision du cadre réglementaire de la concurrence et le déploiement national de la plateforme numérique de mise en relation. L’ensemble de ces propositions fera l’objet d’un document de référence dont les conclusions seront partagées à l’issue des travaux du forum.

 

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MARQUÉE: IACE, marchés agricoles
Hamza Marzouk 12 mai 2026
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