La Guerre en Ukraine: Une entorse à la transition énergétique

transition énergétique L'Economiste Maghrébin
L’objectif d’amener la part des EnR de 3% en 2019 à 12% en 2020 et 30% en 2030 est-il réalisable au regard du passé, des expériences internationales ?

“Nous devons faire attention à ce que la lutte contre le dérèglement climatique ne soit pas une nouvelle victime de la guerre menée par la Russie”, alerte Fatih Birol, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

La guerre en Ukraine risque-t-elle de porter un coup fatal à la marche vers la neutralité carbone d’ici 2050, s’interroge Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU. Rappelons que, théoriquement, la flambée des prix de l’énergie alimente l’attractivité pour les énergies propres. Mais à court terme, la situation gagne en complexité.
Premièrement, le coup d’arrêt des importations de gaz et de pétrole russe a forcé plusieurs pays, essentiellement producteurs, à relancer la production d’énergies fossiles (charbon, gaz et pétrole). La Russie est le deuxième grand producteur mondial de gaz (17% de la production mondiale en 2020) après les Etats-Unis, et le troisième grand producteur mondial de pétrole (12% de la production mondiale en 2020) après les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite.
Deuxièmement, la montée des prix de l’énergie nourrit la résistance à l’inscription dans la transition énergétique. Le coût de la transition vers une économie bas carbone n’est plus justifié dans un contexte où les ménages et les entreprises ont du mal à payer leurs factures d’énergie.

“La flambée des prix de l’énergie alimente l’attractivité pour les énergies propres. Mais à court terme, la situation gagne en complexité”

Troisièmement, le conflit ukrainien a déstabilisé le marché des commodities. D’une part, ce conflit a provoqué la chute des matières premières utilisées dans l’industrie du renouvelable. Et d’autre part, la flambée des prix de ces métaux, qui en résulte, a affecté la rentabilité des investissements dans la transition énergétique (le nickel dont la Russie détient 7% de la production mondiale a augmenté de 250%).
Quatrièmement, la dérive inflationniste, observée à l’échelle planétaire, finira par amener les banques centrales à durcir leurs politiques monétaires en augmentant leurs taux directeurs. La transmission de cette hausse au taux d’intérêt de long terme sera pénalisante pour le financement des investissements dans l’industrie du renouvelable.
Au total, ce sont les retardataires de la transition énergétique qui encaisseront de plein fouet les dommages collatéraux de la guerre en Ukraine et du changement climatique. « Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge », nous alertait Winston Churchill.

(Article publié dans le n°841 de L’Economiste Maghrébin du 30 Mars au 13 Avril 2022)

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