Croissance : bonjour les dégâts

croissance Tunisie

Alors que la scène politique est en ébullition, l’économie tunisienne agonise. L’INS vient de publier le taux de croissance pour ce premier trimestre 2021 : -3% par rapport au premier trimestre 2021. Et ce en une légère progression de 0,1% par rapport au dernier quart de 2020.

Il s’agit du cinquième recul consécutif de la croissance. C’est une tendance rarement observée dans toutes les économies du monde. En effet, la baisse n’est pas une surprise en elle-même, mais elle était beaucoup plus accentuée que prévue.

Industries manufacturières : peu de notes positives

Par secteur, la croissance de l’Agriculture et Pêche a reculé de 6,7% en rythme annuel (-4,3% en rythme trimestriel). Ceci reflète une saison oléicole modeste.

Les industries manufacturières ont perdu 0,3% de leur valeur ajoutée (+0,9% en rythme trimestriel). Elles sont largement impactées par les industries agro-alimentaires (-17,3% en rythme annuel et +1,1% en rythme trimestriel). Nous retrouvons ici l’impact d’exportations moins importantes (-7,3% à 996 MTND selon les chiffres de l’APII). La demande locale a été atténuée par les mesures de couvre-feu et l’absence de flux touristiques.

« La demande locale a été atténuée par les mesures de couvre-feu et l’absence de flux touristiques »

Idem pour les industries chimiques. Elles affichent une baisse de 10,1% en rythme annuel (+11,5% en rythme trimestriel). La chute libre de la production minière (-31,9% en rythme annuel) a lourdement pesé sur le fonctionnement des usines et des exportations (-7,4% à 604 MTND selon les statistiques de l’APII).

Croissance pour quelques secteurs

La meilleure performance revient aux matériaux de construction, céramique et verre. Ce secteur affiche un bond de 12,8% (-0,8% en rythme trimestriel). La forte demande des marchés limitrophes, la Libye en premier lieu, et la bonne tenue de l’immobilier local qui commence à reprendre couleur sont à l’origine de cette hausse.

Les industries mécaniques et électriques ont également repris, avec une croissance de 6,2% par rapport à mars 2020 (+0,3% en rythme trimestriel). Les plans de relance européens au profit des secteurs aéronautiques et automobiles ont réactivé la demande sur nos produits. Et ce comme en témoigne des exportations en hausse de 12,1% à 5 204 MTND.

Une autre bonne nouvelle provient des industries textiles, habillement et cuir. Elles ont pu améliorer leur valeur ajoutée de 2,3% (-4,4% en rythme trimestriel). Les mesures de confinement et les limitations de circulation ont limité la demande en Europe. Considérés comme des commerces non-essentiels, les magasins de prêt à porter continuent à être fermés dans la plupart des pays du Vieux Continent, ce qui n’a pas fait l’affaire de nos industriels.

Industries non manufacturières : Nawara sauve la mise

Quant aux industries non manufacturières, et en dépit de la contre performance de l’extraction minière, une hausse de 11,5% a été réalisée grâce à une meilleure extraction de pétrole et de gaz naturel (+26,1%) et la bonne dynamique du BTP (+10,4%). Le champs Nawara a réussi à compenser la baisse de la production des autres sites. La reprise du BTP montre que l’Etat n’a pas totalement arrêté les grands projets. Il s’agit en fait de la troisième trimestrielle hausse consécutive. Une performance qu’il faut remonter au dernier trimestre 2017 pour la retrouver.

Services : le couple confinement/couvre-feu est passé par là

Pour les services marchands, ils n’ont pas pu échapper à la baisse : -6% en rythme annuel (-1,7% en rythme trimestriel). Le coup le plus dur est parvenu des services d’hôtellerie et de restauration (-30,4%) vu l’absence de saison touristique et du transport (-13,2%), une activité qui dépend de Tunisair et de flux des visiteurs étrangers. Exception faite des activités d’entretien et réparation (+2,1%), toutes les autres se sont inclinées, y compris les services financiers, de poste et de télécommunication. La faiblesse de la demande interne commence à toucher des secteurs qui ont montré une résilience en 2020 mais qui, avec une crise prolongée, sont désormais concernés par le mal global de l’économie.

Il y a enfin les activités non marchandes qui ont reculé de 5,1%. Puisque l’administration n’a pas fonctionné normalement durant cette période.

Le chômage flambe

Nous retrouvons ainsi ces mauvais chiffres dans ceux de l’emploi, avec un taux de chômage de 17,8%, soit 724 800 personnes sans emploi. C’est 17 700 individus de plus par rapport à décembre 2020. Paradoxalement, cette tendance négative a concerné les hommes (+ 60 points de base à 15%) contre une réduction du chômage chez les femmes de 90 points de base à 23,8%. Cela peut s’explique par la fermeture de PME et l’arrêt de certains secteurs comme le tourisme et la restauration (qui emploient essentiellement des hommes). Mais aussi d’une prise de relève par les femmes pour compenser le manque de revenus dans les ménages dont les chefs sont mis au repos forcé.

Les conséquences sociales de tous ces éléments sont à anticiper. La colère, qui monte progressivement, nécessite un vrai plan de relance et des mesures urgentes pour l’absorber. Il faut en effet donner de l’espoir à une jeunesse qui déprime. Elle perd chaque jour, son sentiment d’appartenance à ce pays.

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