Une dictature éclairée plutôt qu’une démocratie gangrénée

démocratie

Un malade dans un état grave entouré de charlatans. C’est l’image qui traduit le mieux l’état de notre pays aujourd’hui. La Tunisie n’est pas le seul pays à expérimenter des crises politiques durables. Il y en a d’autres qui les subissent sans pour autant être confrontés, comme nous le sommes, à la menace d’effondrement généralisé. Quid de la démocratie?

C’est que la Tunisie n’a pas le système immunitaire de pays comme la Belgique ou l’Italie par exemple. Ces deux pays sont souvent l’objet de crises politiques durables. Des crises qui paralysent l’appareil gouvernemental, mais sont de peu d’effet sur l’économie, l’administration et l’appareil judiciaire. En d’autres termes, quand les désaccords au sein de la classe politique belge ou italienne aboutissent au blocage gouvernemental, cela n’a pratiquement aucun effet sur la vie des citoyens, ni sur la démocratie.

Pourquoi les crises politiques sont-elles sans effet sur les citoyens belges et italiens; mais calamiteuses pour les citoyens tunisiens? Parce qu’en Belgique et en Italie, l’économie n’est ni phagocytée par des circuits parallèles dévastateurs, ni gangrenée par la corruption. Parce que leurs administrations fonctionnent conformément aux lois du pays et non aux diktats des lobbies. Enfin, parce que, conformément au sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs, leurs appareils judiciaires fonctionnent en toute indépendance par rapport à l’autorité politique.

Nous ne sommes qu’à une heure de vol de Rome et deux heures et demi de Bruxelles. Mais en matière de gestion économique, sociale, administrative et judiciaire, nous sommes à des années-lumière.

La crise politique profonde qui dure depuis 2011 a fait perdre à l’Etat son autorité, à l’économie son immunité et au peuple sa dignité. L’Etat autoritaire qui assurait l’ordre et la sécurité a cédé la place à une structure ossifiée que plus personne ne craint ni ne respecte.

Perdant sur les trois tableaux

L’économie, classée parmi les plus performantes du continent africain, assurait autrefois le minimum vital aux pauvres et une vie digne à une classe moyenne de plus en plus large. Mais elle n’a pu résister aux assauts concomitants des pilleurs de biens publics, des corrompus, des opportunistes et des contrebandiers qui se sont infiltrés dans tous les coins et recoins de l’Etat.

Quant au peuple qui hurlait le 14 janvier « travail, liberté, dignité » s’est retrouvé, dix ans après, perdant sur les trois tableaux. Au lieu du travail, des centaines de milliers d’emplois ont  été perdus. Au lieu de la liberté, il a eu l’anarchie. Et au lieu de la dignité, nous n’avons plus droit qu’à la condescendance, pour ne pas dire le mépris, de la part des peuples frères et amis.

Comment ne pas mépriser un peuple qui, en dix ans d’anarchie, de négligence et d’oisiveté a laissé détruire sans broncher ce qui fut laborieusement construit entre 1956 et 2010? Comment ne pas traiter avec condescendance un peuple qui ne lève pas le petit doigt pour s’opposer aux destructeurs de ses principales ressources économiques. Mais se met à genoux à chaque fin de mois devant les créanciers, les suppliant de ne pas le laisser mourir de faim?

Plus rien n’est tabou

Comment ne pas se poser des questions sur la maturité d’un peuple dont la moitié reste chez elle le jour des élections mais pousse des cris de vierge effarouchée le jour des résultats? Alors que l’autre moitié élit toujours les mêmes incompétences; tout en escomptant à chaque fois des résultats différents?

Face à l’ampleur du désastre, plus rien n’est tabou. Y compris l’idée que le degré de maturité du peuple tunisien est loin d’être à la hauteur des exigences de la vraie démocratie. Y compris l’idée que, compte tenu de notre très modeste degré de maturité politique, les intérêts de ce pays et de son peuple seraient mieux servis par une dictature éclairée plutôt que par une démocratie gangrenée.

Un malade grave ne peut pas être sauvé par des charlatans. Un avion ne peut pas être piloté par des gens qui ont des difficultés à conduire un tracteur. Et le travail, la liberté et la dignité dont on rêvait il y a dix ans ne peuvent être assurés par les incompétents, les corrompus, les contrebandiers et autres défenseurs du terrorisme qui tiennent le haut du pavé.

En attendant le naufrage imminent, l’image que le pays donne de lui-même est celle d’un navire qui prend eau de toutes parts. Avec un équipage en pleine mutinerie autour d’un gouvernail hors d’usage.

 

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