L’affaire NDI : faut-il vraiment s’en offusquer?

Abdessalem Zayan

Cela ressemblerait à un scandale. Pas tout à fait. Tant le pays s’est largement ouvert à des ONG qui toutes ne sont pas là pour les beaux yeux des Tunisiens. C’est qu’il y a en la matière à boire et à manger.

Des assistants parlementaires tunisiens seraient payés –il faut bien utiliser le conditionnel- par l’ONG NDI (National Democratic Institute). A savoir une organisation américaine qui se présente, via son site internet, comme « non partisane à but non lucratif. Œuvrant pour soutenir et renforcer les institutions démocratiques dans le monde entier. Grâce à la participation citoyenne, à l’ouverture et à la responsabilité au sein du gouvernement ».

Une information, sans doute donc à vérifier, révélée, le 17 mars 2020, par la présidente du Parti Destourien Libre (PDL). Une information présentée comme le signe d’une « ingérence » étrangère dans un des organes vitaux de l’Etat (l’Assemblée des Représentants du peuple).

Ainsi, cela pourrait choquer. Mais faut-il aujourd’hui être particulièrement offusqué par une information qui pourrait être, pour ainsi dire, dans l’ère du temps? Car, c’est un secret de polichinelle: nombre d’ONG ont investi le pays depuis, notamment, 2011. Et toutes ne sont pas aussi « non partisanes » que cela!

Des groupes de pression

Des ONG ont assuré une immersion dans le vécu du pays. Et ce, à la faveur notamment d’une ouverture politique qui a supprimé souvent les barrières d’hier. Lesquelles étaient faites d’une surveillance tatillonne d’un régime politique veillant au grain; pour ne pas offrir un soutien aux voix de l’opposition. A la faveur aussi d’une volonté de certains acteurs de voir le pays assumer son nouveau statut de démocratie, serait-elle naissante, et trouver un soutien auprès d’elles.

Et tout le monde sait qu’il y a, dans ce domaine, à boire et à manger. Dans la mesure où s’il est vrai que certaines ONG cherchent réellement à apporter une coopération significative à des pans entiers de la société tunisienne qui ouvre, grâce à la démocratie, une page nouvelle de son histoire; d’autres ne s’installent pas seulement pour les beaux yeux des Tunisiens. Une riche littérature a mis depuis belle lurette en exergue les missions et les rôles de certaines structures. En effet, elles agissent comme des groupes de pression, pour engager des mutations ou influer sur le vécu du pays.

« Les valeurs, la culture, les intérêts du pays donateur »

C’est du reste de bonne guerre dans le monde où nous vivons. Voici un extrait d’un texte publié dans le site Irenees.net. Un site qui se dit « de ressources documentaires destinées à favoriser l’échange de connaissances et de savoir-faire; au service de la construction d’un art de la paix ». Il est « porté par l’association Modus Operandi ». « La mission initiale d’assistance neutre des ONG peut être dévoyée par des actions marquées politiquement. Les actions de développement qu’elles coordonnent sont souvent marquées par les valeurs, la culture, les intérêts du pays donateur. Elles sont parfois également utilisées comme des outils de politique extérieure ». Ce qui veut dire, pour reprendre une formule connue, ce que cela veut dire.

Le droit d’ingérence –avoué ou non- est inscrit dans l’ADN d’ONG qui opèrent à l’échelle mondiale. Un « droit d’ingérence » qui désigne « la possibilité pour des acteurs d’intervenir dans un État. Et ce, même sans son consentement, en cas de violation massive des droits de l’Homme. Il crée ainsi un lien entre assistance humanitaire et usage de la force, au nom d’une obligation morale ».

Et de nombreux écrits ont mis en exergue les liens qui existent entre des ONG et des structures officielles. Ainsi est-ce le cas de l’une d’entre elles qui se veut aux yeux du monde un vecteur de la lutte anti-corruption. Et dont les liens avec des « fondations et des multinationales anglo-saxonnes ainsi que des institutions gouvernementales américaines » ont été révélés.

Ce qui ne veut nullement dire –car on se plait quelquefois à s’installer dans une généralisation maladive quasi urbi et orbi- que cela est nécessairement le cas de la NDI; ni encore de toutes les ONG opérant sur le terrain tunisien.

 

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