Hausse des prix du pétrole : La Tunisie boira la tasse

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Le pétrole est en train de se transformer en un casse-tête pour la Tunisie. Alors que le budget 2021 table sur un prix moyen du Baril à 45$, les cours ont terminé la semaine dernière à plus de 69$. Les Saoudiens sont plus que jamais engagés dans une politique de réduction de la production, car il s’agit bien d’une question de vie ou de mort pour leurs comptes.

Mais ce n’est pas tout. Les risques géopolitiques, particulièrement les houthis du Yémen qui ne cessent de cibler les infrastructures d’ARAMCO, ont renforcé les inquiétudes des opérateurs quant à la stabilité de l’offre. La demande chinoise est plus solide qu’attendue avec des achats de plus de 10 millions de barils de pétrole par jour (mbj) pour le troisième mois consécutif. Cette tendance est en ligne avec les attentes d’une croissance de l’économie mondiale meilleure que prévue en 2021, de 5,6% selon les estimations de l’OCDE.

Que des raisons pour que les prix du pétrole montent encore

L’Arabie saoudite a déjà respecté les baisses quotidiennes de l’offre de 1 mbj en février et mars; et ce, dans le cadre d’un accord entre les membres de l’OPEP +. Ainsi, cet accord a permis de retirer volontairement du marché 7,125 mbj en février, puis 7,05 mbj en mars. Pour le mois d’avril, ces réductions seront maintenues.

L’effet des normes ESG

Au-delà des facteurs conjoncturels, une autre dynamique s’est déclenchée quelques années auparavant et est en train de s’accentuer. A savoir les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Il est aujourd’hui certain que les compagnies pétrolières ne vont plus investir au même rythme historique car les plus grands investisseurs institutionnels se penchent sur les questions environnementales des entreprises de leurs portefeuilles. La tendance ESG incite davantage d’investisseurs à réaffecter des capitaux à des entreprises durables. De même qu’à des projets verts au détriment du pétrole et du gaz.

De ce fait, cette réduction de la disponibilité du capital aura probablement des conséquences à long terme. Car l’activité pétrolière et gazière est très capitalistique, nécessitant un financement substantiel pour maintenir la production stable. Sans parler de répondre à la demande croissante prévue au cours de la prochaine décennie. Cette baisse des investissements devrait être tout à fait favorable aux prix du pétrole.

Risques sur le budget

Pourtant, le début de 2021 était clément pour la balance énergétique qui affiche un déficit de 868,5 MTND sur les deux premiers mois; contre 1 159,8 MTND sur la même période en 2020. En effet, la baisse de l’activité économique a largement contribué à cette tendance. Mais il y a également la progression de la production nationale qui s’est améliorée de 19% en janvier 2021 grâce à Halk El Menzel et Nawara, à 41 400 b/j. Avec les pressions sur le prix, ce déficit devrait se creuser progressivement durant l’année. Et les ajustements des prix à la pompe risquent de devenir une monnaie courante.

Cependant, l’impact le plus dangereux est sur les comptes de l’Etat. Selon le rapport du budget de 2021, une appréciation du baril d’un dollar coûtera 129 MTND en termes de subventions. Par simple calcul, nous risquons un trou supplémentaire de plus de 2 000 MTND d’ici la fin de l’année. C’est très lourd à supporter dans un exercice très risqué.

Au final, l’Etat est pris entre deux choix. Soit réduire drastiquement les subventions, ce qui peut lui coûter socialement cher. Soit compenser davantage, ce qui risque de ruiner définitivement à sa trésorerie. Le choix est, théoriquement, clair. Néanmoins, les faux calculs politiques de toutes les parties prenantes à la gouvernance du pays pourraient mener à une nouvelle fausse route.

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