Lotfi Zitoun : Ma décision de quitter Ennahdha est définitive

Lotfi Zitoun

Lotfi Zitoun, ancien ministre des Affaires locales et de l’Environnement a accordé une interview exclusive à l’Economiste Maghrébin (n°814). Extraits…

E.M : Votre décision de quitter le parti Ennahdha officialisée par votre démission, en novembre 2020, du conseil de la Choura, est-elle irrévocable ? Si oui, quels sont vos projets d’avenir ?

Lotfi Zitoun : Ma décision de quitter Ennahdha est définitive, car je considère que le choix fait par le mouvement de préserver son discours religieux et son dogmatisme idéologique, pour faire taire ses divergences internes, est totalement coupé de la réalité du pays. Le pays a aujourd’hui besoin d’un discours rationnel, qui fédère plus qu’il ne divise, et qui soit cohérent avec les revendications de cette génération postrévolutionnaire, qui ne se laisse plus bercer d’idéologie.

Cet attachement à l’ordre idéologique pour masquer les divergences internes sur la question de l’alternance au sein du mouvement a fait que celle-ci s’est faite en dehors du parti, avec l’émergence de la Coalition de la dignité, qui est en train de puiser dans le réservoir électoral d’Ennahdha. Au lieu de favoriser la voie de la modération, cette alternance s’est faite dans le sens du radicalisme.

Les modérés des différentes familles politiques (libéraux, gauche, conservateurs, destouriens…) ne se retrouvent aujourd’hui dans aucune des formations existantes. Cette force nationale capable de les fédérer fait encore défaut.

« Le choix fait par le mouvement de préserver son discours religieux et son dogmatisme idéologique […] est totalement coupé de la réalité du pays »

Je suis aujourd’hui en train de réfléchir avec les jeunes de la société civile et plusieurs personnalités nationales sur la forme que pourrait prendre cette force. Une vraie intelligence collective existe dans le pays, il suffit de la mobiliser et de lui donner l’espace adéquat pour s’exprimer, pour qu’elle puisse combler le grand vide laissé par les partis traditionnels, restés prisonniers de leur idéologie. Les forts taux d’absentéisme électoral illustrent bien la rupture entre la population et les partis classiques. Nous sommes aujourd’hui à 60 voire 70% d’absentéisme électoral.

C’est une marge très significative qui permet de construire une véritable force politique nationale pragmatique, flexible, qui se démarque de toutes les idéologies, fait valoir l’intérêt du pays et est prête à tester tous les remèdes ayant fait preuve d’efficacité.

Il ne s’agit pas d’un nouveau parti – les partis ne manquent pas, mais leur image est de plus en plus écornée – mais d’un grand rassemblement national qui mobilise les composantes naturelles de la vie politique (société civile, associations, organisations nationales, collectivités locales, personnalités nationales…) autour d’un programme national bien ficelé.

Les discussions sont bien entamées pour délimiter les contours de ce rassemblement, son architecture politique, ses structures organisationnelles, ses appuis matériels, son programme, son discours…

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