Affaire Emna Chargui : la justice hérite d’une patate chaude

Emna Chargui

Le procès de la jeune blogueuse Emna Chargui est reporté au 13 juillet en cours, pour délibérations. Un procès symbolique dont l’issue marquera les lignes mouvantes entre la défense du sacré et la liberté d’expression en Tunisie.

Car ce procès est hautement sensible et largement suivi en Tunisie et en dehors de nos frontières. En effet, les juges de la jeune blogeuse Emna Chargui, 27 ans, semblent bien embarrassés. Et ce, de se prononcer dans une affaire où se mêle l’atteinte au sacré et le droit fondamental de la liberté d’expression. Deux concepts garantis par la Constitution. Et c’est le nœud  de cette affaire qui prend valeur de test pour les  libertés dans la démocratie naissante en Tunisie.

Donc, dans ce contexte, la troisième chambre correctionnelle près le Tribunal de première instance de Tunis a décidé, hier, de saisir cette affaire au 13 juillet prochain pour délibérations. Sachant que le 29 mai dernier, la même chambre avait décidé le report au 2 juillet 2020, du procès de cette blogueuse. C’est dire que la Justice ne sait trop que faire de ce procès qui, en vérité, ne devait pas avoir lieu. Si ce n’était la pression exercée par les milieux ultraconservateurs pour en faire un exemple et un épouvantail.

Une blague qui a mal tourné

Pour rappel, la jeune étudiante avait partagé le 2 mai 2020 sur Facebook un texte humoristique intitulé « Sourat Corona » imitant le format et l’ornement d’une page du Coran et portant sur la pandémie de COVID-19.

A noter que le texte avait été écrit par un internaute algérien vivant en France. Il reprenait la forme d’une sourate coranique pour inviter les internautes à se laver les mains en pleine pandémie de Covid-19.

Menaces de mort, appel au viol

Quatre jours plus tard, le Ministère public dégaine et l’inculpe d’ « appel à la haine entre les races, les religions ou la population. En incitant à la discrimination et à l’utilisation de moyens hostiles ».

Notons que ces infractions sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et d’une amende pouvant aller jusqu’à 2000 DT. Pas moins que ça!

Croyant partager un texte « rigolo » pour faire sourire ses followers, la jeune blogueuse ne s’attendait certainement pas à cette vague d’indignations très vives sur les réseaux sociaux. Ni à faire face à des menaces de morts, des intimidations et même des appels au viol. « J’ai vraiment peur, car je n’avais aucune mauvaise intention. je ne pensais pas que cela prendrait une telle ampleur et qu’on en arriverait à des menaces. Je ne bénéficie d’aucune protection donc j’en suis arrivée au point d’avoir peur pour ma propre vie. Je n’ai plus d’avenir en Tunisie et je n’y suis plus en sécurité », confiait-elle au correspondant de France 24.

Néanmoins, le jour de reprise de son procès, Emna Chargui confie à France 24 vouloir « défendre jusqu’au bout la liberté d’expression et assumer le partage de la publication ».

Soutien international

Pour rappel, plusieurs organisations tunisiennes des droits de l’Homme la soutiennent. Dont, notamment, la Ligue tunisienne pour les droits de l’Homme. Mais aussi le Comité supérieur des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Ainsi, ils affirment leur soutien à la blogueuse Emna Chargui. De même qu’ils dénoncent « le harcèlement judiciaire dont elle est victime ».

Pour sa part, Amnesty international appelait les autorités tunisiennes à « mettre un terme aux poursuites engagées contre Emna Chargui. A enquêter sur les menaces inquiétantes de mort et de viol qu’elle reçoit et à assurer sa protection ».

« La poursuite d’Emna est une illustration de la manière dont les autorités continuent d’utiliser des lois répressives pour saper la liberté d’expression ». C’est ce que déclarait hier, Emna Guellati, responsable de cette ONG en Tunisie.

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