L’identifiant unique : le booster des réformes

Identifiant unique Tunisie

Par Dr Souhail Alouini, ex-député & président de la Commission Santé et Affaires sociales à l’ARP

Tout vient à point à qui sait attendre. Le gouvernement a réalisé un projet qui m’est personnellement cher. Le décret instituant l’identifiant unique pour tous les citoyens tunisiens vient enfin d’être adopté par le gouvernement Fakhfakh. En utilisant les pleins pouvoirs attribués par l’Assemblée des représentants du peuple. Merci au gouvernement et merci Covid-19 !

Déjà plus de 15 ans que le sujet de l’identifiant unique est sur la table de plusieurs gouvernements. Avec la révolution en 2011, nous étions plusieurs à penser que nous allions rentrer de plain-pied dans l’ère du digital et du numérique. Un outil performant pour réaliser les espérances et les désirs des Tunisiens scandés du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011. Dont le but ultime était de combattre la corruption qui ronge la Tunisie.

Dr Souhail AlouiniPlusieurs associations de la société civile se sont engagées dans ce but. Personnellement et avec plusieurs amis militants, nous nous sommes réunis dans un groupe « OpenGovTn ». Et ce, pour promouvoir les principes de la bonne gouvernance, la transparence et la redevabilité des gouvernants. Ainsi que des institutions qu’elles soient privées ou publiques.

C’était aussi mon fer de lance durant mon mandat de député lors de la précédente législature. Ainsi, lors de pratiquement toutes mes interventions, j’en ai fait une demande récurrente au gouvernement et même lors des réunions avec les ministres concernés.

La clé de voûte de cette gouvernance ouverte est l’utilisation des technologies digitales et l’adoption de l’identifiant unique. Et ce, comme point de départ pour la réalisation de tout ce projet. Et qui placera la Tunisie parmi les pays à gouvernance transparente luttant contre toute forme de corruption.

L’Estonie est un exemple à suivre dans l’application de l’identifiant unique

Un des exemples les plus réussis à travers le monde et que j’ai eu la chance de visiter dans ce cadre est l’Estonie. L’application de l’identifiant unique a commencé dans ce pays dans les années 90 suite à la chute du mur de Berlin. L’Estonie a décidé d’entrer de plain-pied dans une gouvernance adaptée à l’époque. Ainsi que de rattraper le retard accumulé au niveau des technologies digitales.

Sans entrer dans les détails, j’ai eu l’occasion avec des députés membres de la commission Santé et Affaires sociales au parlement tunisien dont je fus le président, de constater l’efficacité de l’adoption de cet identifiant unique. Particulièrement concernant la santé et les affaires sociales.

En ce qui concerne l’exemple de l’Estonie, le constat frappant est la facilitation des formalités administratives. Et ce, pour les citoyens tout en respectant leurs données personnelles.

L’identifiant unique peut être assimilé à l’ADN numérique du citoyen. Celui-ci n’aura plus besoin de justifier son identité à chaque occasion comme c’est le cas aujourd’hui.

L’exemple le plus connu est celui de la légalisation de signature. La signature électronique déjà utilisée par plusieurs organismes à travers le monde sera automatiquement légalisée. Tout en utilisant la carte d’identité incluant l’identifiant unique de la personne.

Récemment et lors de cette crise sanitaire Covid-19 , le ministère des Affaires sociales a eu des difficultés pour répertorier les personnes ayant droit à la subvention de 200 dinars octroyés par le gouvernement. Et malgré la présence du fichier numérique et la réticence de son utilisation par certains, beaucoup d’erreurs ont été commises. L’utilisation de l’identifiant unique aurait sûrement évité ces erreurs avec une obligation légale de l’utiliser.

Pour un contrôle plus efficace des dépenses de santé

Dans le domaine de la santé, l’utilisation de cet identifiant unique permettra un contrôle plus efficace des dépenses de santé. Et ce, en rendant quasi impossible les malversations dans la distribution des médicaments. Ainsi que la comptabilisation des examens complémentaires et des consultations.

Egalement, il permettra une meilleure gestion des deniers publics. Pour une meilleure prise en charge des malades avec le fichier médical informatisé. Et la réalisation du rêve de tout citoyen pour la couverture universelle des soins de santé. Et ce, par une assurance maladie et une couverture sociale.

Sans cette avancée importante dans la digitalisation, il est utopique de parler de e-gouvernement et de gouvernement ouvert « opengov ». Ainsi que de s’engager dans des programmes de réforme digitale de l’Administration tunisienne, lutter contre le commerce parallèle, mieux gérer les contributions fiscales du citoyen et éviter les fuites. Outre de faciliter l’accès aux banques à tous les citoyens. Pour enfin s’engager dans le portefeuille électronique.

Les attroupements que nous avons vu récemment lors de cette crise Covid-19 aux bureaux de poste auraient pu facilement être évités. Notamment par le transfert des subventions sur le téléphone portable « e-porte-monnaie ». Comme cela se passe au Gabon…Ou en utilisant les comptes bancaires ou postaux par les distributeurs automatiques de billets.

Le décret instituant l’identifiant unique est un acte révolutionnaire

Toute avancée importante au niveau du développement du pays ne pourra se faire qu’avec une réforme. Celle utilisant les technologies nouvelles et particulièrement le digital.

Ainsi, ce décret instituant l’identifiant unique est un acte révolutionnaire en soi qui permettra à court terme de nous projeter dans notre époque et de participer à la révolution numérique. Un train que nous sommes en train de rater.

Le contrôle de l’utilisation de cet identifiant unique a été confié à l’Instance nationale de la protection des données personnelles. Ce qui en soi permettra d’éviter les dérapages sécuritaires qui peuvent survenir lors de son utilisation. Et cela nous rassure. Sa gestion revient au ministère des Affaires locales en charge de l’état civil. Une initiative louable qui va dans la vision civile et décentralisatrice de la Constitution.

Je ne puis que me réjouir de cette prise de décision et je m’impatiente de la voir appliquée dans les plus brefs délais. Et ce, pour enfin passer à une étape importante pour la Tunisie nouvelle. La crise que nous vivons a montré les limites du système actuel de gouvernance désuet et obsolète،

La Covid-19 est une opportunité inattendue pour réaliser ces changements radicaux dans notre mode de gouvernance et de finalement réaliser les objectifs de la révolution tunisienne.

Je pense que cette première étape importante va dans le bon sens. Un verrou et une forte résistance viennent d’être brisés. L’avenir proche confirmera ou infirmera cette nouvelle orientation à mon sens positive, avec l’application dans les plus brefs délais des décrets d’application. L’avenir n’attend pas !

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