Coronavirus : autopsie du fiasco français

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La fin du confinement est officiellement prévue pour le 11 mai en France. Le climat est toujours anxiogène. Pourtant, c’est moins la peur que le sentiment de colère qui habite les Français.

Une colère à l’endroit de dirigeants qui ont su conjuguer arrogance politico-technocratique et bilan catastrophique. Il est symbolisé par le nombre de décès enregistrés suite au coronavirus; avec déjà près de 25.000 morts… Comment expliquer une telle débâcle?

Causes: les défaillances du sommet de l’Etat

La crise sanitaire du coronavirus a d’emblée placé l’État en première ligne. Une responsabilité « naturellement » assumée dans un pays comme la France. Où l’État incarne une sorte de « Sauveur sécularisé » (selon Pierre Legendre) et où il jouit traditionnellement d’une aura toute « providentielle ».

Il est tout aussi logique que, sous la « monarchie républicaine » que représente le régime politique français, le « chef de l’État », le président Macron, n’a pas hésité à revêtir ses habits de chef de guerre. Et à imposer un ton martial dans la lutte contre la pandémie du coronavirus. La « guerre » était ainsi déclarée… Mais il fallait encore disposer des moyens suffisants pour la mener.

La pénurie criante de moyens (de masques, de tests, de respirateurs, de lits de réanimation) n’a fait que dévoiler des défaillances organisationnelles et décisionnelles de notre appareil d’État. De même que ses carences en moyens matériels et humains régulièrement pointés par ses propres agents.

Outre l’absence de toute culture de l’anticipation, les déclarations des différents membres du gouvernement forment autant d’indices quant à l’impréparation –malgré les informations à disposition et autres alertes- d’un État dont les causes de dysfonctionnements sont de nature « systémique ».

En effet, les décisions budgétaires et gestionnaires prises dans les dernières années, voire décennies –y compris en matière de stockage de masques, et plus généralement de financement de l’hôpital public- expliquent en grande partie l’ampleur de cette crise de santé publique. La situation du secteur sanitaire et hospitalier symbolise le résultat d’une stratégie publique obsédée par la réduction des coûts des services publics…

Conséquence : une défiance des citoyens à l’encontre du pouvoir

La crise sanitaire liée à l’épidémie (devenue pandémie) du coronavirus consolide la fracture entre les citoyens et leurs dirigeants. Elle caractérisait déjà une Ve République engluée dans une « démocratie de la défiance ». Malgré des circonstances dramatiques propices aux appels à l’unité nationale, une défiance prégnante s’est ancrée dans l’opinion. De récentes études l’attestent: le premier sentiment qu’éprouvent les Français à l’égard de la politique est la « méfiance ».

Outre les sentiments anxiogènes et la tentation de repli provoqués par la diffusion d’un virus inconnu jusqu’alors, la défiance des citoyens est en grande partie liée à l’impréparation, aux atermoiements et contradictions d’un exécutif marqué par un double déficit de transparence (dans son discours) et d’efficacité (dans son action). La chronologie de la crise montre les ambivalences et contradictions. Celles-ci ont émaillé les prises de décision gouvernementales.

L’après-11 mai risque de ressembler à l’avant

Aujourd’hui, la confusion générale perdure dans la gestion de la crise. L’incertitude et un certain flottement continuent de peser sur le « plan de déconfinement » annoncé par le président de la République.

L’après-11 mai risque de ressembler à l’avant et de nourrir ainsi la défiance citoyenne. Outre le coût humain non quantifiable de ces défaillances, un coût judiciaire et politique se profile. Une série de plaintes ont d’ores et déjà été déposées auprès de la Cour de justice de la République (CJR) contre des membres du gouvernement, dont le Premier ministre Édouard Philippe, accusés de « négligence coupable » et de « mensonge d’État ».

Un volet judiciaire de la crise sanitaire du coronavirus qui pose d’emblée la question de la responsabilité politique du gouvernement (à défaut de pouvoir engager celle du président de la République, statut constitutionnel oblige).

Outre le spectre liberticide et la régression sociale qui accompagnent les mesures adoptées au nom de l’état d’urgence sanitaire, l’exécutif devra répondre et rendre compte des mensonges (au moins par omission), des contradictions et de l’inefficacité. Il s’agit là d’une condition sine qua non pour tenter de renouer avec la confiance citoyenne.

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