Les troubles en Iran et les larmes de crocodile de Pompeo

Iran
Photo : Khouzestani.B (Twitter)

Le nombre des peuples mécontents dans le monde augmente de jour en jour. De l’Amérique latine au grand Moyen-Orient, en passant par l’Asie. Les protestations populaires contre l’injustice, la corruption et la mauvaise gestion se multiplient. Même l’Europe, le continent le plus prospère et le moins corrompu n’est pas épargné. En France, les « Gilets jaunes » descendaient le samedi 16 novembre dans la rue pour fêter le premier anniversaire de leur mouvement.

En Iran, les Iraniens sont-ils en train de suivre depuis le samedi 16 novembre l’exemple des Irakiens, des Libanais, des Chiliens et des Boliviens?

Car, asphyxié par les lourdes sanctions américaines, le gouvernement iranien, contraint et forcé, augmentait de 50% le prix du carburant. Il n’en fallait pas plus pour que les Iraniens sortent par milliers. Et ce, dans des dizaines de villes iraniennes, pour exprimer leur colère.

D’après le président Hassan Rouhani, l’argent récolté de la hausse du prix de l’essence n’ira pas dans les caisses de l’Etat. Il servira plutôt à une redistribution aux citoyens pauvres. Ils constituent près des trois quarts de la population en Iran. Les sommes qui seraient versées varieraient de 550 000 rials (15 dinars environ) pour les couples. Pour atteindre les deux millions de rials (48 dinars environ) pour les foyers de cinq personnes et plus.

Mais, ces promesses n’ont pas été en mesure de calmer les manifestants. Et dans certaines villes, ils s’en prenaient violemment aux biens publics; incendiant des stations service. En fait, ce n’est ni la première ni la dernière fois que les Iraniens manifestent leur ras-le-bol.

Les larmes de crocodile

Pour rappel, depuis les grandes manifestations de l’été 2009, il ne se passe pratiquement pas d’année sans que les Iraniens ne descendent dans la rue. Pour y crier leur mécontentement. Et depuis 2009, le département d’Etat américain ne laisse jamais passer une manifestation sans qu’il ne verse ses larmes de crocodile. Encensant les manifestants, les couvrant d’éloges, rendant hommage à leur courage. Et les incitant à tenir bon contre « la dictature », car l’Amérique est avec eux…

D’ailleurs, à peine les manifestants commencent-ils à défiler en ce mois de novembre 2019, que déjà le secrétaire d’Etat Mike Pompeo envoie via twitter un texte traduit en persan à l’intention des Iraniens. Il déclare: « Comme je l’ai dit au peuple iranien, il y a presque un an et demi (juillet 2018), les États-Unis sont avec vous. Après 40 ans de tyrannie, le fier peuple iranien ne garde pas le silence sur les exactions de son gouvernement. Nous ne resterons pas silencieux non plus. J’ai un message pour le peuple iranien: les États-Unis vous entendent. Les États-Unis vous soutiennent. Les États-Unis sont avec vous. »

Une arme à double tranchant

Cependant, le plus extraordinaire est que la Maison-Blanche et le département d’Etat ne se rendent toujours pas compte que leurs encouragements aux troubles en Iran, loin de servir les manifestants, sont plutôt du pain béni pour le gouvernement iranien.

Alors, on reste pantois. Quand on pense que, en dépit de l’armée de conseillers et d’analystes qui l’entourent, Pompeo ne peut s’empêcher de verser de l’eau au moulin du gouvernement iranien. Et déjà, celui-ci n’a pas manqué de se servir de ce message aux manifestants. Comme d’une pièce à conviction étayant l’accusation d’ingérence et de manipulation étrangères.

En effet, en Iran, les autorités n’ont pas perdu de temps pour établir un lien direct entre les violences et « l’agenda étranger ». Le même lien est établi par les Gardiens de la révolution qui ne cessent de multiplier les menaces contre les manifestants.

« Les Etats-Unis sont avec vous »?

Cela dit, que doit-on comprendre de la dernière phrase du message de Pompeo au « fier peuple iranien », quand il lui dit « les Etats-Unis sont avec vous »? Que pensent les Iraniens du « soutien » qui leur vient d’un pays qui, depuis des décennies, fait tout ce qui est en son pouvoir pour transformer leur vie en enfer?

Car, cela dure depuis le coup d’Etat de 1953 contre Mohammed Mosaddeq qui avait nationalisé le pétrole iranien. En passant par les sanctions étouffantes imposées par les présidents américains successifs. Et jusqu’au soutien multiforme à la dictature sanguinaire du Chah. Ainsi, cela fait près de sept décennies que le peuple iranien souffre dans sa chair des conséquences désastreuses de la politique américaine.

Peut-être le seul « soutien » que les Iraniens attendent des Américains, c’est de les laisser tranquilles. De les laisser vivre en paix.

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