Sri Lanka : risque d’embrasement intercommunautaire

Sri Lanka L'Economiste Maghrébin
Photo : Hommage aux disparus par Dieuleveut Butey

Pâques sanglante au Sri Lanka, cette île au sud de l’Inde, où pas moins de huit attaques terroristes contre des églises et des hôtels de luxe ont fait 200 morts et 500 blessés dimanche 21 avril.

Jusqu’à l’écriture de ces lignes, aucune revendication n’a été faite et il est difficile d’avancer une hypothèse tant la structure sociale sri-lankaise est complexe et minée par des déchirements ethniques et religieux.

Selon l’Agence France Presse, le chef des renseignements du Sri Lanka a reçu une information de l’étranger mettant en garde contre des attaques terroristes en préparation qu’il a relayée aux différents services de sécurité.

Plus précisément, le renseignement en provenance de l’étranger assurait qu’un mouvement islamiste, le National Thowheeth Jama’ath (NTJ), projetait « des attentats-suicides contre des églises importantes » et l’ambassade d’Inde à Colombo.

Si l’information de l’AFP est exacte, et compte tenu de l’ampleur des attaques et des dégâts, les services de sécurité sri-lankaises, par leur négligence, assument une lourde responsabilité dans ces attaques terroristes sans précédent depuis la fin de la guerre civile il y a dix ans.

La violence ethnique et religieuse n’est pas étrangère à ce pays. Selon le recensement de 2012, sur les 23 millions de Sri Lankais, on compte 70,2% de bouddhistes, 12,6% de tamils (hindous) et 9,7% de musulmans. Les chrétiens, avec un million et demi de personnes, constituent la minorité des minorités.

Les Tamouls, qui se sentaient opprimés par la majorité bouddhiste, ont tenté de créer un Etat indépendant dans le nord, ce qui entraîna une guerre civile qui a duré 30 ans et qui s’est terminée en 2009 par l’écrasement de la guérilla des Tigres tamouls par les forces gouvernementales. Certains observateurs croient que dans les derniers mois de la guérilla, la violence était telle que des dizaines de milliers de Tamouls furent massacrés.

Après la fin de la guerre civile et la résolution violente de la fracture ethnique, une fracture religieuse s’est rapidement installée dans le pays : les moines bouddhistes extrémistes ont rassemblé les Sri Lankais contre les musulmans qu’ils considèrent comme une menace pernicieuse.

Les dirigeants nationalistes bouddhistes et les faux reportages sur les médias sociaux accusent les musulmans de recruter des enfants, d’essayer de grossir leurs rangs en épousant des femmes bouddhistes et en attaquant des sanctuaires bouddhistes.

L’économie des petites villes joue également un rôle important dans cette tension religieuse, car les musulmans sont propriétaires de nombreux petits magasins du pays. En ce qui concerne la petite minorité chrétienne du pays, il y a eu des incidents épars de harcèlement antichrétien au cours des dernières années, mais rien de comparable à ce qui s’est passé dimanche 21 avril contre les fidèles qui célébraient la fête de la résurrection du Christ et contre les hôtels de luxe où les clients étaient étrangers dans leur quasi-totalité.

En 2018, des violences anti-musulmanes ont éclaté au centre du Sri Lanka, alimentées par des rumeurs répandues sur les médias sociaux concernant de prétendues attaques contre des bouddhistes. Des foules de bouddhistes ont déferlé dans de petites villes, attaquant des mosquées et des magasins appartenant à des musulmans. Le gouvernement a brièvement déclaré l’état d’urgence et ordonné le blocage pendant un certain temps des réseaux sociaux populaires, tels que Facebook, Viber et WhatsApp, afin d’empêcher la propagation de la violence.

Les inquiétudes sont grandes maintenant que les attaques du dimanche de Pâques ne nourrissent de nouvelles violences dans un pays où la haine inter religieuse et la violence interethnique n’ont pas cessé depuis des décennies d’empoisonner la vie sociale au Sri Lanka.

Déjà ces inquiétudes ont trouvé un début de confirmation juste après le drame par des attaques menées par des bouddhistes contre une mosquée et des commerces tenus par la minorité musulmane à Colombo, la capitale.

Ces violences ne sont pas nouvelles. En mars 2018, les attaques perpétrées contre la communauté musulmane par des extrémistes bouddhistes ont amené les autorités à décréter l’état d’urgence. L’ampleur sans précédent des attaques de dimanche de Pâques risquent de provoquer à tout moment un embrasement intercommunautaire généralisé.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here