Trump, l’otage docile des néoconservateurs

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Le président américain est souvent décrit, à juste titre d’ailleurs, comme l’homme le plus puissant de la planète. Etant le chef de l’Exécutif de la plus grande puissance du monde, il est, en toute logique, l’homme dont une seule décision pourrait affecter, en mal ou en bien, (mais très souvent en mal), des dizaines de pays et des centaines de millions d’êtres humains dans le monde.

Trump s’inscrit-il dans cette lignée des hommes les plus puissants de la planète ou constitue-t-il une incongruité qui ne semble pas gêner outre mesure le peuple américain, mais qui perturbe énormément la scène politique mondiale et empoisonne les relations internationales ?

Depuis son entrée à la Maison-Blanche le 20 janvier 2017, Trump ne cesse de consterner le monde par sa manière inédite de s’acquitter de ses responsabilités de chef de l’Exécutif américain.

Pendant près de 240 ans, depuis l’indépendance de l’Amérique le 4 juillet 1776 jusqu’au 20 janvier 2017, le processus de prise de décision à Washington obéissait à une approche rationnelle du pouvoir. Le président, doté de pouvoirs substantiels par la Constitution, se réunit avec ses conseillers, discute avec eux du sujet ou des sujets en question et prend la décision qu’il annonce dans une conférence de presse ou qu’il consigne dans un communiqué distribué aux médias.

Depuis le 20 janvier 2017, on assiste à des choses étranges à Washington. D’un côté un président qui « gouverne » par des ‘tweets’ qui souvent se contredisent, et un Etat profond qui, tout en laissant le Président dire et écrire ce qu’il veut, ne change pas d’un iota la politique étrangère américaine.

L’exemple le plus spectaculaire est la décision prise il y a deux semaines par Trump de retirer les troupes américaines de Syrie. « Les terroristes de l’Etat islamique sont vaincus, nous n’avons plus rien à faire en Syrie, nos soldats doivent rentrer chez eux », a-t-il écrit dans un tweet qui a suscité des torrents de commentaires dans le monde.

La machine néoconservatrice s’est aussitôt mise en branle. Les médias qui obéissent au doigt et à l’œil s’appliquent à mettre en doute l’argument de Trump concernant la défaite de Daech, tout en accusant le président de rendre service aux « ennemis » de l’Amérique : la Russie et l’Iran.

Pis encore, les principaux collaborateurs de Trump, son conseiller John Bolton et son ministre des Affaires étrangères, Mike Pompeo ont pris les devants de la scène pour signifier au monde qu’il ne faut pas trop prendre au sérieux le « bavardage » présidentiel. Le premier n’a pas hésité à prendre le contrepied de la décision du Président en affirmant que l’ « Etat islamique » n’a pas été défait, que les troupes resteront en Syrie pour le combattre et qu’il soutient les frappes israéliennes contre la présence iranienne en Syrie.

Quant au ministre des Affaires étrangères qui, selon la Constitution doit exécuter scrupuleusement les décisions de la Maison-Blanche, il se prépare à faire un tour dans la région pour rassurer les amis de Washington que les troupes américaines ne quitteront pas la Syrie. En d’autres termes, Pompeo fera son voyage moyen-oriental porteur d’un message clair : « Il ne fautpas croire un mot de ce que dit ou écrit le Président. »

Voilà où en est l’Amérique aujourd’hui : d’un côté un président légitime qui s’amuse devant son ordinateur en publiant des tweets où se confondent états d’âme et politique d’Etat; d’autre part, un Etat profond en marge du système constitutionnel qui tient fermement le gouvernail de la politique étrangère américaine sans rien changer à ses deux principales composantes : l’interventionnisme et l’agressivité.

Face à la domination des néoconservateurs qui tiennent toujours le haut du pavé à Washington, des voix marginales et ignorées protestent contre cette perversion du système constitutionnel américain. L’ancien sénateur républicain du Texas, Ron Paul, exaspéré par cette perversion qui fait du Président l’otage docile des néoconservateurs, n’a rien pu faire d’autre que de poser ces questions qui resteront sans réponse : « Le Président Trump va-t-il rester là et regarder ce coup se dérouler sous son nez ? Se rend-il compte à quel point sa crédibilité est compromise lorsqu’il annonce hardiment un retrait des troupes de Syrie, mais fait machine arrière quelques jours plus tard ? N’a-t-il pas remarqué que les sondages récents montrent que la majorité du peuple américain soutient sa décision de se désengager du bourbier syrien ? Pourquoi est-il si intimidé par les néoconservateurs ? »

Le vénérable sénateur Ron Paul ne peut compter sur les grands médias, infestés par l’idéologie néoconservatrice, pour relayer ses inquiétudes au peuple américain. La volte-face de Trump sur la question du retrait américain de Syrie confirme ce qu’avait dit Obama quelques mois avant la fin de son second mandat dans sa longue et célèbre interview au Magazine « The Atlantic’’ : « A son entrée à la Maison-Blanche, le président nouvellement élu trouve sur son bureau une feuille de route lui expliquant ce qu’il a à faire et à laquelle il ne peut rien changer. »

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