L’étau se resserre pour les Tunisiens

Tunisiens

La situation dans laquelle le pays a été enfermé ne présage rien de bon. Le soutenir devient un truisme, tellement tous les Tunisiens s’accordent à la désigner ainsi. Les principaux protagonistes politiques de cette situation insensée, sont les artisans pervers d’un arrangement calamiteux. La corruption et l’impunité se sont données la main pour défier un peuple laminé. Ils se prennent pour des finauds de haut vol.

A leur tête, celui qui prétend être au-dessus de la mêlée quand cela l’arrange. Alors qu’il a tout fait pour faire dévier la marche dès 2011. Ces forbans d’un nouveau genre persistent dans leurs embuscades mutuelles, leurs machinations simultanées, leurs guets-apens réciproques pour pérenniser leur confiscation des pouvoirs… Sans se préoccuper de la dégradation de la condition de vie des populations, comme s’ils étaient éloignés sur une autre planète !

Entre eux, tout le monde s’acharne à discréditer tout le monde… Comme s’il s’agissait d’un banal pugilat dans une cour de récréation, alors que la paix civile et l’avenir du pays sont en jeu. Les mots manquent pour lister tous les mauvais coups et forfaits commis par les comparses de la sphère politique. Il est vrai que toute société a droit à son contingent d’escrocs, d’assassins, de policiers indélicats, de juges corrompus, de politiciens véreux. Ailleurs, cette engeance subsiste dans une proportion marginale, alors que le quota courant est largement dépassé dans notre pays.

Les Tunisiens ont tendance à tout banaliser

Certains commentateurs novices (un épithète adouci pour ne pas les offusquer) se plaisent à vanter la « virtuosité » et les « mérites », des uns et des autres. Notamment dans leurs coups fourrés judiciaires, leurs fourberies sommaires, leurs crocs-en-jambe fiscalisant, leurs fausses alliances juste pour « casser » un adversaire ou un indocile, leurs chausse-trappes ministrabilisées… La versatilité de ces pantins si ordinaires a atteint une dimension démesurée. Il suffit d’observer les alliances qui se font et se défont, comme on change une paire de chaussettes. Transhumance partisane oblige ! Devant ce spectacle, on éprouve une pudique réticence à remuer un cloaque répugnant.

Ce qui altère encore plus l’atmosphère, c’est ce penchant maladif qu’ils ont à recourir invariablement à la banalisation de toutes les carences et les déficiences, avec une désinvolture odieuse. Les exemples sont légion dans tous les domaines. Souvent, pour faire passer la pilule, les discoureurs de service se servent de cas qu’ils prétendent être identiques, survenus dans un pays étranger, alors que la comparaison ne s’y prête guère. Ils font un usage excessif de ce procédé éhonté qui donne l’impression de tout prendre à la légère. Renforçant le cynisme et la piètre estime qu’ont les citoyens envers les membres de toute la classe politique.

En est-il de même des politiciens ?

Il est indéniable que le problème le plus embarrassant est que les politiciens en question pratiquent l’obstruction. Du fait qu’ils occupent des postes sensibles, entravant par leurs querelles dérisoires et d’arrière-garde, tout passage envisageable vers une sortie de crise honorable et viable. Les Tunisiens se retrouvent coincés dans un étau destructeur entre d’une part des « islamistes ». Ceux-ci poursuivent leur travail de sape et leur entrisme effréné, qui attendent leur heure pour rafler toute la mise, en jouant les arbitres dévoyés. D’autre part, une gent politicarde qui s’étripe pour s’emparer durablement du pouvoir. Pendant ce temps, une masse de plus en plus étendue de citoyens épuisés vit dans la précarité et se retrouve prise à la gorge par les tracas de la vie. Dans l’intervalle, le navire Tunisie prend de l’eau de toutes parts. L’image de l’Ulysse encastré dans le flanc d’un porte-container a valeur de symbole !

Ainsi, faute de courage et de lucidité, la situation ne peut donc que s’aggraver de jour en jour. Le peuple tunisien, qui a reconquis sa dignité, refuse de courber l’échine. Il demandera la mise en cause des dirigeants incompétents et corrompus, tétanisés par la peur de perdre le pouvoir. Cette crise pluridimensionnelle risque, dans ces conditions de durer. Il faut commencer par ne rien minimiser ni s’accoutumer à la banalisation. Il est manifeste que n’importe quel gouvernement n’aurait pas suffisamment de marge de manœuvre, ni de temps suffisant pour remédier à tous les maux dont souffre la Tunisie. Beaucoup d’erreurs ont été accumulées et le gouvernement actuel ne peut s’exonérer d’un examen de conscience approfondi. Comme il n’est plus admis de continuer à coup d’expédients et de promesses fallacieuses, en prétendant que nous allons nous en sortir.

Comment s’en sortir ?

Cependant, il faut espérer un ultime sursaut de la part des politiques. Que ceux qui sont en place prennent pour une fois de la hauteur et fassent le minimum pour garantir le déminage du terrain politique. En adoptant les mesures appropriées qui sauvegarderaient les prochaines échéances électorales et ouvriraient les perspectives pour un véritable redressement.

Toutefois la priorité dans l’immédiat réside dans l’instauration d’un gouvernement de salut public resserré. Les élus nationaux et les activistes qui se revendiquent « républicains et patriotes » doivent prendre leurs responsabilités. S’imposer une période d’accalmie en marquant un point d’arrêt à leurs batailles rangées, mettant en sourdine leurs luttes intestines et agir dans l’intérêt du pays. Cela ne peut passer que par un mandat à accorder au gouvernement de salut public, sur la base d’un contrat-programme minimal fixant les objectifs et les obligations pour l’année 2019. Il s’agit bien d’engagements explicites, avec un planning de réalisation, et des dates butoirs. C’est la condition préalable.

Une révision du mode de scrutin

Tout d’abord, le système institutionnel est intrinsèquement instable. Il génère une incertitude politique et sa dynamique même engendre les crises à cause du mode de scrutin. La révision du mode du scrutin est donc une urgence afin de disposer pour les cinq prochaines années d’une majorité capable de gouverner. Il s’agit de tirer les leçons des dernières élections effectuées selon la représentation proportionnelle aux plus forts restes, qui a prouvé ses inconvénients. Les recommandations présentées par des missions d’observation, ainsi que les avis d’éminents juristes pourraient conseiller le scrutin de liste, majoritaire à deux tours. Il est plus à même de structurer et rationaliser le paysage politique tout en prenant en considération le découpage électoral. D’autres juristes estiment que le scrutin proportionnel serait encore nécessaire. Tout en étant soutenu par une prime à la majorité de l’ordre de 30% du total des sièges et affecter un certain nombre de sièges de l’ARP au parti arrivé premier dans les élections. Il est essentiel de trancher diligemment cette question.

Une ISIE assainie

En fait, la deuxième exigence se situe au niveau d’un réel assainissement de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE).  Elle a perdu de sa crédibilité. Il s’agit de l’élection d’un nouveau président et le renouvellement du tiers de ses membres. En respectant les critères de l’intégrité, de l’indépendance, de l’impartialité, de la compétence, de l’expérience et de la non-appartenance à un ordre professionnel en tant que membre élu ni à une mouvance politique en catimini. Cette dernière vient d’annoncer timidement, dans l’indifférence la plus totale le démarrage de l’inscription permanente des électeurs. Et ceci conformément aux dispositions de l’article 36 de la décision de l’instance n°2017-6 du 11 avril 2017. L’enregistrement des électeurs non-inscrits et l’actualisation des listes des électeurs désirant changer de bureau de vote sont indispensables. Quatre millions d’électeurs potentiels approximativement pourraient transformer fondamentalement les résultats des prochaines élections. Ainsi l’Association Tunisienne pour l’Intégrité et la Démocratie des Elections (ATIDE) et l’Organisation 23-10 pour l’appui de la transition démocratique ne cessent de dénoncer les errements de l’ISIE et de soumettre des propositions pour y remédier. A moins que les marionnettistes de l’ombre ne préfèrent soustraire 40% du corps électoral existant du vote pour ne pas dévoiler leur poids réel dans le pays ! Le budget 2019 a prévu 84 millions de dinars contre 25 millions de dinars en 2018 pour l’ISIE, soit une hausse de 236%.

Relancer l’économie

En parallèle, il s’agit de redéployer l’État dans ses fonctions de base, notamment sécuritaires, institutionnelles, sanitaires. Et de veiller à ce que l’institution judiciaire accomplisse son rôle pleinement, sans interférences, avec célérité et dans l’équité. La tâche requise de ce gouvernement de salut public serait de poser les jalons d’un authentique processus de reconstruction. Afin de relancer l’économie et redresser la situation du pays.

Par conséquent, face à l’indigence et la faillite de la particratie, les circonstances actuelles nécessitent une remobilisation des organisations les plus fiables de la société civile. Cela pour encadrer le mécontentement croissant, concevoir des approches innovantes, leur donner une teneur constructive alternative. Ainsi on fera face aux défis majeurs et éviter tout débordement éventuel dans les cas extrêmes.

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