Paris réussira-t-il à réconcilier les Libyens ?

Libyens à Paris
Crédits photo : algerie1.com

Ouverture aujourd’hui, à Paris, d’un congrès inédit qui réunit les protagonistes libyens, incapables jusqu’alors de mettre les jalons d’une feuille de route à même de restaurer la paix, la sécurité et la stabilité en Libye.

C’est un congrès inédit, puisque c’est la première fois que les deux principaux rivaux sur la scène libyenne, à savoir le Président du Conseil présidentiel du Gouvernement Al Wifaq, Faiez Sarraj, et  le Maréchal Khalifa Haftar, commandant suprême de l’Armée nationale libyenne, se trouvent réunis autour de la même table pour discuter, à Paris, des affaires intérieures libyennes.

La rencontre a certes été précédée par quelques tractations qui n’ont jusque-là pas abouti. La plus importante fut celle du mois d’avril dernier, lorsque Haftar avait rejeté une proposition d’alliance faite par Sarraj. Pourtant, hier soir, et à quelques heures de l’ouverture officielle du congrès de Paris, les deux hommes se sont rencontrés. Cette rencontre, réalisée grâce à la médiation d’Ali Tarhouni, l’ancien président de l’Instance constitutive de la Constitution, avait pour finalité de dégeler les rapports tendus depuis quelques années entre les deux hommes. Mais qui auraient aussi pu dégénérer en une rupture irréversible.

Cependant, et au-delà des tractations politiques orchestrées par le congrès de Paris, la réalité du terrain libyen sera indubitablement déterminante pour l’issue du congrès. Force est de constater que plus d’un est sceptique à propos d’une issue favorable du congrès, qui pourrait influer sur la réalité libyenne.

Quels intérêts cachés dans la convocation de Paris?

D’une part, les acteurs politiques libyens ne sont pas unanimes quant aux intentions qui se cachent derrière la convocation par la France d’un tel congrès. Des parties ont rejeté l’invitation française et ont fait part de leur refus de toutes les résolutions auxquelles le congrès pourrait aboutir. Il est vrai que les tensions actuelles sur la scène libyenne, notamment à Derna et à Sebha, y sont pour quelque chose dans ce rejet de l’initiative française. Haftar, qui a lancé depuis deux semaines son offensive sur Derna, assiégée depuis près de deux mois, est en train de gagner du terrain aux dépens des Moudjahidines du Conseil de la Choura de Derna, dernier bastion des djihadistes en Libye. Il a certes plus d’atouts à faire valoir dans ce congrès que Sarraj, dont la position à l’intérieur de la Libye ne cesse depuis des mois de s’affaiblir.

Dans ce contexte, certains craignent le spectre d’un congrès se transformant en un encensement d’Haftar, et qui signerait le décret de la fin politique de Sarraj et de son gouvernement du Wifaq. C’est vraisemblablement ce qui explique le scepticisme des parties libyennes hostiles au congrès, notamment parce que la France est aussi le seul pays occidental qui a accueilli officiellement  le Maréchal Haftar.

On peut même aller jusqu’à dire que ses intentions sont tellement manifestes que le plus optimiste des pronostiqueurs ne peut cacher son scepticisme quant aux avancées possibles qui pourraient être réalisées par ce congrès, sur le chemin de la réconciliation interlibyenne.

D’ailleurs, la réaction italienne est plus que significative à ce propos. Sentant que les Français cherchent à rivaliser avec l’Italie dans la gestion du dossier libyen, sur fond d’importants intérêts qui s’y jouent, les Italiens ont affiché, par l’intermédiaire de leur ambassadeur à Tripoli, pourtant présent pour représenter l’Etat italien lors de ce congrès, leur hostilité vis-à-vis de l’immixtion directe de la France dans le dossier libyen. Appelant les parties libyennes et la communauté internationale à relancer le Plan de Ghassan Salama, adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2017, et lui donner plus de soutien.

En apparence, l’enjeu majeur, dans la Libye actuelle, est de tenir des élections avant la fin de l’année 2018. Cependant, tout le monde s’accorde à dire que, au-delà des élections, c’est la richesse du sol libyen en hydrocarbures, et autres denrées précieuses, qui est le véritable mobile de toutes ces divergences autour d’un dossier qui regorge de complexité.

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