Ghannouchi appelle à la restitution de l’institution du «Wakf»

Rached Ghannouchi L'EconomisteMaghrébin

Décidément, il semble que rien ne va plus entre les deux cheikhs, Beji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi. Alors que le premier cherche, à travers son appel du 13 août dernier à la parité dans l’héritage entre les hommes et les femmes, à faire progresser le pays dans le sens de la modernité, le second, et afin de contrer l’initiative présidentielle, n’a pas trouvé mieux que d’appeler à la restitution de l’institution du «Wakf».

Lors d’une cérémonie organisée hier, lundi 28 août, en l’honneur des lauréats des universités tunisiennes, organisée par le parti Ennahdha, en ce qui ressemble à une journée du savoir parallèle, le chef du parti islamiste a considéré que la solution aux problèmes de financement des universités tunisiennes ne peut venir que de la restitution de l’institution du Wakf, abolie en Tunisie depuis 1957, quelques mois seulement après l’indépendance.

Ghannouchi a déclaré en outre avoir recommandé au bloc parlementaire de son parti Ennahdha de présenter à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) un projet de loi relatif au Wakf et à l’économie solidaire dont le but est de soutenir l’enseignement supérieur et la recherche scientifique.

Le Wakf qui consiste dans l’offrande, par des particuliers, de biens immobiliers et de terrains dont les dividendes serviront à financer des hôpitaux, des mosquées ou des écoles et parer ainsi au recours au financement étatique de ces institutions. Cette action caritative, digne d’un régime féodal, est cependant contraire au principe même de l’Etat qui a la charge de fournir ces services à ses citoyens qui participent tous, via les impôts, aux dépenses de ces institutions.

L’argument qu’avancent les opposants à cette pratique est que l’institution du Wakf conduira indubitablement à l’émergence d’institutions publiques qui ne dépendent pas de l’Etat. Chose qui veut dire aussi la création d’un Etat parallèle à l’intérieur de l’Etat lui-même, vu que ces institutions ne sont pas contrôlées par les services compétents de l’Etat et ne sont pas soumises à l’impératif de rendre compte de leur gestion. Ce qui est à craindre surtout, notamment dans l’état actuel des choses, est que ces montants considérables dont peuvent disposer ces institutions, pourraient servir à des financements illicites de certains partis politiques ou groupes extrémistes.

Il est à rappeler qu’un débat a déjà été ouvert à l’Assemblée nationale constituante (ANC) en 2013 autour d’un projet de loi semblable. Ce débat a conduit au rejet catégorique de la part d’un groupe important de constituants et de larges franges de la société civile de ce projet.

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