Mohamed Jaoua: «Nous possédons la clé de l’économie de la connaissance qu’est l’éducation»

Mohamed Jaoua L'Economiste Maghrébin

Interview de Mohamed Jaoua, professeur universitaire, premier directeur de l’Ipest et cofondateur d’Esprit.

L’actuel modèle économique ayant montré ses limites, quels sont les futurs foyers de croissance?

L’économie de demain sera  – elle l’est déjà ! –  numérique. Les industries manufacturières, l’avantage d’avoir un coût bas d’une main-d’œuvre peu qualifiée, les services bradés, tout cela appartient à un passé révolu. Notre pays, riche des fruits de plus de 60 années d’investissements dans l’intelligence et l’éducation de ses enfants, a d’autant plus la capacité de négocier le virage vers les métiers et l’économie du futur que ceux-ci nécessitent des compétences que nous maîtrisons : modélisation mathématique, informatique, analyse des données, etc. Le seul manquant est la professionnalisation. Et c’est beaucoup plus qu’un détail.

Ceci nécessite-t-il une adaptation au niveau des enseignements?

Oui, bien sûr. Le paradoxe tunisien, c’est un système universitaire aux qualités reconnues par tous, mais dont les diplômés sont pourtant si nombreux à souffrir du chômage. Parce que ce système tarde à intégrer l’entreprise qui «donne le la» en matière de compétences professionnelles. Une université de masse telle que la nôtre ne peut se contenter de former des chercheurs, elle doit répondre aux besoins du marché de l’emploi et adapter sa pédagogie à cet effet. Le paradigme fondateur d’Esprit, c’est «se former autrement». Car autant que le modèle économique, le modèle éducatif a – et depuis fort longtemps- montré ses limites pour affronter les défis du futur.

Comment avez-vous procédé à Esprit Business School?

D’abord en adoptant la pédagogie de projets qui a déjà fait le succès de notre école d’ingénieurs. Dans notre modèle, l’étudiant est l’acteur principal de sa propre formation, il apprend en faisant, en résolvant des problèmes réalistes venus du monde de l’entreprise et non pas des problèmes académiques propres et «bien posés». Il le fait par lui-même, les enseignants n’étant à ses côtés que pour le coacher dans ce processus, pour l’aider à exprimer sa créativité et en aucun cas, pour le conduire aux solutions attendues de problèmes convenus. A Esprit Business School, nous avons aussi mis nos focus sur les points où notre système éducatif a beaucoup reculé : la maîtrise des langues étrangères, la culture générale, le développement personnel. Le monde est en effet devenu un village, il n’y a plus d’économie qu’internationale, les métiers y apparaissent et disparaissent à des vitesses sans précédent, ou évoluent dans des directions inattendues. La seule chance pour les jeunes de demeurer dans la course durant leurs carrières – de plus en plus longues – réside alors dans leur agilité intellectuelle, leur capacité à saisir les opportunités et à s’adapter aux nouvelles situations. Les compétences techniques seules n’y suffisent plus, car leur temps est de plus en plus court. Y cantonner les formations universitaires, c’est donc les programmer à l’échec. Nous n’avons, à vrai dire, pas d’autre choix pour éviter cela que de revenir à ce que préconisait Ibn Khaldoun dans la Muqaddima, c’est-à-dire à former des «têtes bien faites, capables de raisonner juste».

Au sein de votre institution, comment initiez-vous les étudiants à la vie professionnelle?

La pédagogie des projets en est la première clé, car on ne peut devenir opérationnel sur des problèmes réels – éminemment complexes et aux solutions multiples- quand on a passé vingt ans de vie scolaire et universitaire à ne résoudre que des problèmes académiques, n’ayant qu’un lointain rapport avec la réalité.

C’est pour cela que les étudiants d’ Esprit Business School sont plongés, dès la première semaine de leur intégration, dans des situations similaires à celles qu’ils connaîtront en entreprise. Travailler de manière collaborative, au sein d’équipes interdisciplinaires, sur des projets réalistes, auxquels ils recherchent des solutions en mobilisant toutes leurs connaissances, et en prenant en compte toutes les contraintes techniques, de faisabilité, économiques, et de marché.

La présence des entreprises au cœur de nos formations en est la seconde clé : de nombreux professionnels y interviennent, encadrent les stages de nos étudiants dans leurs entreprises, les y accueillent au cours de leurs visites d’entreprises, etc. Nos diplômés ne découvriront pas le monde de l’entreprise à l’occasion de leur projet de fin d’études. Celui-ci sera le milieu dans lequel ils auront baigné depuis leur premier jour à l’école, en intégrant ainsi sa logique et ses contraintes.

Avez-vous envisagé des partenariats avec des établissements étrangers?

C’est une nécessité absolue dans le village global qu’est devenu notre monde. D’abord, pour donner à nos étudiants l’interculturalité sans laquelle ils ne pourraient y être pertinents. Ensuite, pour situer nos formations au plus près des standards internationaux.

En l’espace d’un an, nous avons ainsi conclu six partenariats avec des écoles de management et des universités de premier plan. Et beaucoup d’autres restent à venir. Ces partenariats prévoient notamment des mobilités d’étudiants, pouvant aller jusqu’à l’obtention de doubles diplômes, ainsi que des échanges d’expériences et des travaux de recherche collaboratifs entre enseignants.

Le mot de la fin?

Notre pays a su éblouir le monde par la réussite de sa transition politique. Nous n’avons plus d’autre choix aujourd’hui que de réussir notre transition économique. Et nous en avons la capacité, puisque nous possédons la clé de cette économie de la connaissance qu’est l’éducation. Osons l’actionner !

 

3 Commentaires

  1. <> Désole Pr… je ne suis pas d’accord avec vous. Non ce n’est pas un detail…c’est là tout le problème de l’Universite Tunisienne…qui forment des chercheurs et non pas des professionnels répondants aux exigences du marche de l’emploi. Tout cela est dû au fait que les enseignants eux mêmes n’ont jamais connu l’environment industriel (n’ayant pas travaille dans l’industrie) car il n’ont jamais travaille en dehors de l’Universite et on assisste à « L’enseigné  » devient enseignant et ainsi de suite. Tous les fondateurs de Esprit et bien d’autres écoles d’ingénieurs prives n’avaient jamais travaillé en dehors de l’enseignement et recherche. Cela s’applique aussi aux responsables et enseignants des etablissement publiques et écoles nationale d’ingenieurs. La majorite des chercheurs concentrent leurs efforts pour faire des publications dans des conferenes et congres ou revue pour progresser dans leurs carrière afin d’ameliorer leurs salaires. Ils sont completement deconnectes de l’industrie (ouverture de l’universite sur l’industrie est quasi inexistante)

    Aujourdhui les produits des universités tunisiennes sont bien formés en théorie (surtout les ingenieurs); interessent beaucoup plus les industries des pays developpes que la tunisie. L’ enseignement secondaire et universitaire donne beaucoup d’importance au math, physique, …au depends de l’apprentissage du metier. Il est certqin aue l’ on a toujours besoin des maths & physique mais pas tels qu’ils sont enseignés en tunisie (c’est du bourrage de cranes). Si l’on fait des statistiques parmi les ingénieurs travillants dans l’industrie pour voir combien es maths et physique sont utilises quotidiennement (excepé une minorité travaillants en études et recherche). Le pourcentage depassera guère les 10% .

    De ce fait, aujourdhui, le niveau des nos professionnels et artisans sur le marché de l’emploi ou en exercice est médiocre comparé en particulier à ceux de cerains pays asiatiques (inde,chine, Corée, philippines…) trés innovateurs en installations, montage et maintenance d’equipement industriels et residentiels telecoms, electroniques, electriques, electroniques, informatiques, sanitaires (plomberies,…), construction, AirCon, menusierie du bois/fer, peche agriculture… .

    Notre système éucatif doit être revisé de fond en comble:revoir la durée des études, le contenu, les débouchés, le corps des enseignants, les méthodes et la pédagogie aussi…Il faut focaliser sur la maitrise des langues, la culture, la communication écrite et orale, les métiers d’avenir, et la gestion; le plutot sera le mieux.

    En consequence, le taux de reussite au bac va être certainement amèlioré ( atteindre au moins 80%)… pour cela il faut penser à valoriser l’enseignement au secteur privée pour absorber le nombre croissant de nouveaux bacheliers.

  2. (…Le seul manquant est la professionnalisation. Et c’est beaucoup plus qu’un détail) Désolé Pr… je ne suis pas d’accord avec vous. Non ce n’est pas un détail…c’est là tout le problème de l’Université Tunisienne…qui forment des chercheurs et non pas des professionnels répondants aux exigences du marché de l’emploi. Tout cela est dû au fait que les enseignants eux mêmes n’ont jamais connu l’environment industriel (n’ayant pas travaillé dans l’industrie) car il n’ont jamais travaille en dehors de l’Université et on assisste à « L’enseigné  » devient enseignant et ainsi de suite.

    Tous les fondateurs de Esprit et bien d’autres écoles d’ingénieurs privés n’avaient jamais travaillé en dehors de l’enseignement et recherche. Cela s’applique aussi aux responsables et enseignants desétablissement publiques et écoles nationale d’ingénieurs. La majorité des chercheurs concentrent leurs efforts pour faire des publications dans des conférenes et congrès ou revue pour progresser dans leurs carrière et améliorer leurs situations économiques . Ils sont complétement déconnectés de l’industrie (ouverture de l’universite sur l’industrie est quasi inexistante)

    Il est vrai; aujourdhui les produits des universités tunisiennes sont bien formés en théorie (surtout les ingenieurs); mais cette formation interessent beaucoup plus les industries des pays dévéloppés que la tunisie. L’ enseignement secondaire et universitaire donne beaucoup d’importance au math, physique, …au depends de l’apprentissage d’un métier. Il est certain que l’on a toujours besoin des maths & physique mais pas tels qu’ils sont enseignés en tunisie (c’est du bourrage de crânes). Si l’on fait des statistiques parmi les ingénieurs travillants dans l’industrie pour voir combien les maths et physique sont utilisés dans l’exercice de leurs fonctions quotidiennement (excepé une minorité travaillants en études et recherche). Le pourcentage ne depassera guère les 10% .

    De ce fait, aujourdhui, le niveau des nos professionnels et artisans sur le marché de l’emploi ou en exercice est médiocre comparé en particulier à ceux de cerains pays asiatiques (inde,chine, Corée, philippines…) trés innovateurs en installations, montage et maintenance d’equipement industriels et residentiels telecoms, electroniques, electriques, electroniques, informatiques, sanitaires (plomberies,…), construction, AirCon, menusierie du bois/fer, peche agriculture… .

    Notre système éucatif doit être revisé de fond en comble:revoir la durée des études, le contenu, les débouchés, le corps des enseignants, les méthodes et la pédagogie aussi…Il faut focaliser sur la maitrise des langues, la culture, la communication écrite et orale, les métiers d’avenir, et la gestion; le plutot sera le mieux.

    En consequence, le taux de reussite au bac va être certainement amèlioré ( atteindre au moins 80%)… pour cela il faut penser à valoriser l’enseignement au secteur privée pour absorber le nombre croissant de nouveaux bacheliers.

  3. (…Le seul manquant est la professionnalisation. Et c’est beaucoup plus qu’un détail) Désolé Pr… je ne suis pas d’accord avec vous. Non ce n’est pas un détail…c’est là tout le problème de l’Université Tunisienne…qui forment des chercheurs et non pas des professionnels répondants aux exigences du marché de l’emploi. Tout cela est dû au fait que les enseignants eux mêmes n’ont jamais connu l’environment industriel (n’ayant pas travaillé dans l’industrie) car il n’ont jamais travaille en dehors de l’Université et on assisste à « L’enseigné  » devient enseignant et ainsi de suite.

    Tous les fondateurs de Esprit et bien d’autres écoles d’ingénieurs privés n’avaient jamais travaillé en dehors de l’enseignement et recherche. Cela s’applique aussi aux responsables et enseignants desétablissement publiques et écoles nationale d’ingénieurs. La majorité des chercheurs concentrent leurs efforts pour faire des publications dans des conférenes et congrès ou revue pour progresser dans leurs carrière et améliorer leurs situations économiques . Ils sont complétement déconnectés de l’industrie (ouverture de l’universite sur l’industrie est quasi inexistante)

    Il est vrai; aujourdhui les produits des universités tunisiennes sont bien formés en théorie (surtout les ingenieurs); mais cette formation interessent beaucoup plus les industries des pays dévéloppés que la tunisie. L’ enseignement secondaire et universitaire donne beaucoup d’importance au math, physique, …au depends de l’apprentissage d’un métier. Il est certain que l’on a toujours besoin des maths & physique mais pas tels qu’ils sont enseignés en tunisie (c’est du bourrage de crânes). Si l’on fait des statistiques parmi les ingénieurs travillants dans l’industrie pour voir combien les maths et physique sont utilisés dans l’exercice de leurs fonctions quotidiennement (excepé une minorité travaillants en études et recherche). Le pourcentage ne depassera guère les 10% .

    De ce fait, aujourdhui, le niveau des nos professionnels et artisans sur le marché de l’emploi ou en exercice est médiocre comparé en particulier à ceux de cerains pays asiatiques (inde,chine, Corée, philippines…) trés innovateurs en installations, montage et maintenance d’equipement industriels et residentiels telecoms, electroniques, electriques, electroniques, informatiques, sanitaires (plomberies,…), construction, AirCon, menusierie du bois/fer, peche agriculture… .

    Notre système éucatif doit être revisé de fond en comble:revoir la durée des études, le contenu, les débouchés, le corps des enseignants, les méthodes et la pédagogie aussi…Il faut focaliser sur la maitrise des langues, la culture, la communication écrite et orale, les métiers d’avenir, et la gestion; le plutot sera le mieux.

    En consequence, le taux de reussite au bac va être certainement amèlioré ( atteindre au moins 80%)… pour cela il faut penser à valoriser l’enseignement au secteur privée pour absorber le nombre croissant de nouveaux bacheliers.

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