USA : les leçons d’une élection pas comme les autres

USA Trump

Contrairement à ce que tout le monde ou presque s’attendait, Hillary Clinton a subi une défaite humiliante. A cette femme, représentante de l’establishment avec une longue expérience politique et des mandats électifs (sénatrice de l’Etat de New York avant d’être secrétaire d’Etat), les Américains ont préféré un novice sans le moindre mandat électif et sans aucune précédente responsabilité dans l’establishment washingtonien.

Précisément, Donald Trump a été élu grâce, dans une large mesure, à son hostilité à ce même establishment dont il s’apprête à prendre la tête dans quelques semaines, c’est-à-dire le 20 janvier 2017.

La principale raison qui explique ce triomphe inattendu de Donald Trump, c’est le taux de participation record dans cette élection dont la campagne qui l’a précédée est parmi les pires et les plus infectes que l’Amérique ait jamais connues. Et ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette élection dont la campagne, tout en étant dégoûtante pour une large partie du public, a drainé vers les urnes un nombre record d’électeurs.

La chance de Trump est que les millions d’Américains qui se sentent marginalisés, appauvris, opprimés et qui, généralement, s’abstenaient d’aller voter, se sont cette fois massivement mobilisés pour participer au scrutin présidentiel, permettant ainsi à Trump de faire le plein de voix dans les Etats incertains (Swinging states), et même dans les Etats qui, comme la Caroline du nord, votaient pour les démocrates.

Quelles leçons tirer de cette élection qui a mis en pièces plusieurs idées reçues fortement ancrées, aussi bien aux Etats-Unis qu’à l’étranger?

La première leçon est que, contrairement à ce que l’on a cru pendant longtemps, le président élu n’est pas forcément celui qui a dépensé le plus pendant la campagne. Cette fois, Hillary Clinton a dépensé 500 millions de dollars, alors que son adversaire, bien que milliardaire, n’a dépensé que 250 millions.

La seconde leçon est que, contrairement à ce que l’on a cru pendant longtemps, le président élu n’est pas forcément celui qui est soutenu par les grands médias, les grands groupes industriels et Wall Street. Cette fois, Hillary Clinton était soutenue par 85% de la presse américaine, par le complexe militaro-industriel et par le grand capital américain, mais cela ne l’a pas empêchée de subir une défaite humiliante.

La troisième leçon est qu’aux Etats-Unis, le pays de tous les contrastes et de toutes les contradictions, un candidat milliardaire peut se voir refuser le soutien du grand capital et se faire élire seulement grâce au soutien du petit peuple.

La quatrième et la plus importante leçon est que l’establishment washingtonien, que l’on croyait si puissant et si omnipotent, n’a rien pu faire pour barrer la route de la magistrature suprême à quelqu’un qui, durant toute la campagne, n’a pas cessé de l’accuser de tous les maux et de promettre aux électeurs de donner, une fois élu, un grand coup de balai pour nettoyer cet establishment de la corruption qui le gangrène.

Maintenant la grande question qui se pose est : Donald Trump, cet anti-establishment, une fois à la Maison Blanche, va-t-il être en mesure de concrétiser ses promesses électorales ou, au contraire, va-t-il se trouver contraint de se faire couler dans le moule présidentiel et suivre, comme l’a affirmé B. Obama dans une célèbre interview au magazine « The Atlantic », «une feuille de route» qu’il trouvera dans le bureau Ovale?

Il va sans dire que la réponse à une question aussi importante ne peut pas se faire par oui ou par non. Sans doute le nouveau président va-t-il découvrir que l’exercice du pouvoir et les contraintes qui lui sont liées sont très différentes de la gestion d’une campagne électorale et de ses discours qu’ils soient rationnels ou démagogiques.

Cela dit, compte tenu de sa personnalité, compte tenu de sa détermination à laisser son empreinte dans la politique américaine et internationale, on ne peut pas dire que Donald Trump soit l’homme à se laisser couler facilement dans le moule de la Maison-Blanche, à obéir passivement aux instructions inscrites dans ladite «feuille de route» ni à suivre aveuglément le chemin tracé par l’establishment.

Le Monde arabe, c’est dans la logique des choses, est divisé entre ceux qui sont soulagés de voir Hillary Clinton disparaître de la scène et ceux qui portent le deuil de sa défaite plus encore que ses partisans aux Etats-Unis. Il n’y a qu’à voir l’inquiétude, l’angoisse même vécue en ce 9 novembre historique par les milieux officiels du Golfe. Ceux-ci ont financé à coups de millions de dollars la campagne de Clinton dans l’espoir de la voir occuper la Maison-Blanche et réviser de fond en comble la politique américaine vis-à-vis de la Syrie et de l’Iran.

Pour d’autres pays, comme l’Egypte, la Syrie ou encore l’Irak, ils sont plutôt soulagés de la victoire de Donald Trump qui, pendant toute sa campagne n’a pas cessé de s’en prendre au terrorisme islamique et d’accuser clairement l’establishment américain d’être responsable de l’émergence de ce fléau et d’avoir mis à feu et à sang le Moyen-Orient.

Mais le pays le plus soulagé du résultat de l’élection américaine est sans doute la Russie. Celle-ci et son président ont été accusés de tous les maux de la terre par Hillary Clinton avant même qu’elle ne soit candidate. Pendant la campagne, elle n’a pas arrêté de proférer des menaces en promettant qu’il y aurait des révisions radicales dans la politique américaine vis-à-vis des questions syrienne et ukrainienne.

Contrairement à Donald Trump qui a répété à plusieurs reprises qu’il n’a aucun problème avec Poutine avec qui, il a promis d’avoir une politique de coopération plutôt que de confrontation. Rien d’étonnant dès lors que Poutine soit parmi les premiers à avoir félicité le nouveau président.

Pour la paix dans le Monde arabe, pour la paix dans le monde tout court, il faut espérer que Donald Trump maintienne ses promesses relatives à sa détermination à lutter sérieusement, et non à la manière d’Obama, contre le terrorisme islamiste et à coopérer avec la Russie.

Ne serait-ce que pour ces promesses qui perturbent le sommeil de tous ceux qui fournissent l’armement et l’argent aux terroristes.

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