Négociations sociales : persistance du flou artistique !

Actuellement les regards sont braqués sur les négociations sociales dans le secteur privé qui peinent à se tenir. Faut-t-il toujours le rappeler : ces négociations ont peiné à voir le jour et ont été objet de tractations entre les deux organisations nationales UGTT et UTICA et tous les intervenants ont participé  au débat : syndicat, patronnat, économistes. Si quelqu’un  a opté  pour une approche sociale se basant sur l’argument de l’amélioration du pouvoir d’achat des ouvriers d’autres ont opté pour la sauvegarde  des postes d’emploi et de la pérennité des entreprises tout en appelant au report des négociations sociales.

Pour le moment, aucun détail n’a été communiqué sur le taux d’augmentation revendiqué par l’UGTT au profit des ouvriers. Sami Tahri porte-parole de l’UGTT a déclaré à  leconomistemaghrebin.com  que pour le moment les discussions entre les représentants de l’UTICA et ceux de l’UGTT portent sur la date du lancement du communiqué conjoint pour ensuite démarrer les négociations avec tous les détails : «  Après la publication du communiqué conjoint le débat convergera vers les critères des augmentations », indique-t-il.

Notre interlocuteur a tenu, cependant, à faire un éclairage sur la notion de la productivité revendiquée souvent par les patrons qui lient très souvent  la productivité aux augmentations  salariales : « C’est une fausse conception de la productivité. En effet, la productivité, d’après l’Organisation internationale du travail  est un plus que l’ouvrier apporte à son entreprise, donc la productivité est liée à l’augmentation et non au salaire de base », dit-il.

De même, la productivité demeure en quelques sorte du ressort de l’entreprise et étroitement dépendante des bonnes conditions de travail au sein de l’entreprise  : «  Il n’est pas possible que la productivité se réalise dans une entreprise qui ne fournit pas les conditions requises, en outre le niveau de l’ouvrier et sa compétence sont à améliorer par la voie de la formation continue », indique-t-il avant de conclure qu’une commission au sein de l’UGTT,  qui travaille sur le dossier de la productivité,  a conclu  que la productivité demeure relative d’une entreprise à une autre et qu’il n’est pas possible de parler en général sur ce terme pour toutes  les entreprises.

Par ailleurs, le patronnat ne voit pas les choses de la même façon. Tarek Cherif, président de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT), a indiqué à leconomistemaghrebin.com que ce qui se passe actuellement n’est pas une négociation sociale mais plutôt une négociation salariale  et de rappeler que les négociations sociales ne peuvent pas se faire dans une période très limitée dans le temps : «C’est un grand défi pour les entreprises de payer des augmentation sociales dans cette conjoncture. Cela ne prend pas en considération la compétitivité et d’autres paramètres », insiste-t-il.

Et de poursuivre :  : « Pourquoi ne pas reporter les négociations sociales pour les entreprises en difficulté pour assurer la pérennité des postes d’emploi et les sauvegarder ? » S’interroge-t-il.

Afin d’avoir un éclairage venant de la part des professionnels, nous nous sommes adressés au  président de la Chambre nationale des promoteurs immobiliers, en l’occurrence Fehmi Chaâbane  qui a déclaré, sur un ton catégorique,  que le secteur du bâtiment ne peut  supporter aucune augmentation salariale dans le contexte actuel : « L’unique possibilité d’accorder des augmentations salariales est l’augmentation de la productivité des ouvriers sinon le secteur du bâtiment souffrira et je ne vois pas comment les patrons pourront assumer ces augmentations salariales », déclare-t-il.  Pour Mohamed Bouanène, le président de la Chambre nationale des boulangers, la situation n’est pas très différente par rapport à celle du secteur du bâtiment. « Les boulangers sont incapables d’accorder des augmentations à leurs ouvriers dans le contexte actuel quelle que soit leur entité »,  indique-t-il. Par ailleurs, il  est à  rappeler que  le pain est un produit subventionné par l’Etat : «  Si  l’Etat nous accorde de l’argent pour le reverser comme augmentation aux ouvriers, nous allons le faire », ironise-t-il.

Alors que le communiqué conjoint n’a pas encore vu le jour, tous les scénarios demeurent possibles surtout que les négociations ont connu plusieurs entraves et autres renvois récemment.

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