A quoi s’attendre ?

Demain, le 26 octobre 2014, les Tunisiens iront à nouveau aux urnes pour voter un nouveau parlement. L’Assemblée nationale actuelle est dominée par la Troïka, qui est constitué par le parti islamiste Ennahdha et les partis d’Ettakatol et du Congrès pour la République (CPR). La Tunisie a depuis vécu quatre années tumultueuses depuis le départ du dictateur Ben Ali, qui a lancé le début du Printemps arabe. Quelques années plus tard, la Tunisie peut être considérée comme la seule véritable démocratie dans le monde arabe et le fait qu’elle soit calme et ait mis le cap de façon ordonnée vers ses deuxièmes élections est déjà un énorme succès et une lueur d’espoir.

1- Un faible taux de participation : Le taux de participation pour le prochain scrutin est susceptible d’être inférieur à 2011, qui a connu, rappelons-le un taux de participation de 51%.

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Plusieurs facteurs entrent en jeu:

(1) Une grande partie de la population est déçue de la classe politique et peut choisir de ne pas voter;

(2) Un enthousiasme réduit pour cette élection (contrairement aux élections législatives du 23 octobre 2011 qui furent les premières élections libres en Tunisie 2011), et

(3) trois indications fortes sont:

  • Le pourcentage très élevé des indécis, comme illustré dans le tableau 1. Sur la base des plus récents sondages, le pourcentage d’électeurs indécis se situe quelque part entre 40% et 60% des électeurs admissibles. Si nous prenons 2011 comme référence, nous avions environ 50% et 30% des indécis deux mois et un mois avant les élections. Le pourcentage officiel de participation était de 51%.
  • La Haute autorité indépendante pour les élections, qui est chargée d’organiser les élections, a dû prolonger son délai deux fois pour inciter les tunisiens à s’inscrire sur les registres des électeurs, compte tenu de la faible réponse la première fois. Finalement, il y avait 962 291 nouveaux inscrits par rapport à 2011, portant le total des électeurs à 5,2 millions.
  • La désaffection des Tunisiens envers la démocratie : L’enquête publiée par le Pew Research Center à deux semaines des élections suggère qu’a peine 48% des Tunisiens préfèreraient la démocratie à tout autre forme de gouvernement, comparée à 63% en 2012. Elle révèle aussi que 62% des répondants préfèreraient un gouvernement stable sans démocratie à un gouvernement démocratique instable.
  • 2- Le déclin d’Ennahdha et ses alliés : Ce déclin est confirmé par de nombreux sondages. Selon les sondages, la popularité d’Ennahdha aurait dépassé les 55% juste après les élections de 2011 et a depuis régulièrement baissé pour se stabiliser autour de 20% (non compris le nombre élevé d’indécis). Les alliés d’Ennahdha, le CPR et Ettakatol ont également vu tous deux considérablement diminué leur popularitédepuis 2011, victimes de 2 ans et demi de pouvoir difficile. Cependant, l’avènement du gouvernement d’union nationale dirigé par M. Mehdi Jomaa semble avoir été favorable, car nous constatons une légère hausse dans les intentions de votes pour les partis de la troïka depuis janvier 2011. Il semble cependant peu probable que le succès d’Ennahdha de 2011 se reproduise. Les facteurs nuisibles à Ennahdha dans ce cycle électoral incluent, entre autres, son incapacité durant les gouvernements de MM. Jebali etLaarayedh à améliorer la situation économique en Tunisie, sa permissivité aux islamistes radicaux et la détérioration sécuritaire en Tunisie.

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3- Le vote économique : contrairement aux élections de 2011, les élections de 2014 seront principalement centrées sur l’économie en premier lieu et en deuxième lieu sur la sécurité. Cela est devenu un thème récurrent dans la plupart des sondages au cours des deux dernières années. Par exemple, les sondages de l’IRI montrent régulièrement que le développement économique, les réformes économiques et le chômage sont considérés comme la première priorité du gouvernement par plus de 60% des répondants.  L’enquête du Pew Research Institute révèle que 88% des répondants jugent la situation économique « mauvaise » ou « très mauvaise », et que les soucis économiques sont prédominants.

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4. Un moindre pourcentage de votes perdus : Les sièges au parlement tunisien sont attribués selon le schéma de Hare, ou méthode des plus forts restes, qui ont largement bénéficié à Ennahdha et ses partenaires de la coalition (CPR et Ettakatol) en 2011. Après les élections de 2011, de nombreuses personnes et personnalités ont déploré le fait que plus de 1,36 million de votes sur un total de 4,1 millions, ou 34% des voix, sont allés à la poubelle et n’ont pas compté pour l’attribution d’un siège à l’Assemblée nationale. En juin 2012, Beji Caïd Essebsi a fondé Nidaa Tounes et ce parti a été depuis considéré comme le seul parti qui puisse rivaliser avec Ennahdha. Depuis, il y a eu de nombreux appels des politiciens, des célébrités et des citoyens ordinaires à voter tactiquement pour Nidaa Tounes. En outre, les attaques politiques contre Nidaa Tounes qui ont essayé de le peindre comme étant un parti majoritairement composé de membres de l’ancien régime de Ben Ali ne semblent pas avoir été efficaces comme en témoigne son avance régulière dans les sondages.

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5- Moins de votes pour Nidaa Tounes que ce que les sondages suggèrent : La plupart des sondages depuis 2012 ont montré Nidaa Tounes devançant Ennahda. Certains sondeurs tels que Sigma placent Nidaa avec plus de 45% des votes, ce qui parait très optimiste. Bien que Nidaa soit légèrement favori pour sortir à l’issue des élections comme le premier parti en Tunisie, de nombreux indicateurs soulignent le fait que l’écart entre Nidaa et Ennahdha sera petit. Tout d’abord, de par leurs méthodes de sondage, les sondeurs en Tunisie tendent à sous-représenter les électeurs des zones rurales et à bas revenus. Ces électeurs ont voté massivement pour Ennahdha en 2011.

Par exemple, Sigma Conseil utilise le CATI (Computer Assisted Telephone Interviewing, Call-Center SIGMA) et ne conduit pas d’interviews en personne, ce qui crée un biais en faveur des répondants issus d’un milieu urbain. Deuxièmement, le grand pourcentage d’indécis (entre 40% et 60% ) devrait plutôt bénéficier à Ennahdha, qui a démontré en 2011 ses capacités à mobiliser sa base politique. Enfin, les partis d’opposition arrivent à ces élections assez fracturés et divisés avec une multitude de partis similaires tel qu’Afek Tounes, le Parti républicain et Al Massar, ce qui va certainement couter des voix et des sièges Nidaa à l’ANC.

 

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