Les réserves mondiales de sécurité énergétique sont soumises à une pression sans précédent depuis le déclenchement de la guerre israélo-américaine contre l’Iran et les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Le directeur général de la compagnie pétrolière nationale d’Abu Dhabi (ADNOC), Sultan Al Jaber, a averti que près d’un milliard de barils de pétrole avaient été prélevés dans les stocks mondiaux depuis le début du conflit.
Intervenant lundi 2 novembre à la conférence ADIPEC, organisée aux Émirats arabes unis, le responsable a également alerté sur la dégradation des stocks de produits raffinés et de gaz naturel liquéfié (GNL). Dans certaines régions, les réserves de diesel pour cette période de l’année seraient tombées à leur plus bas niveau depuis 35 ans. D’autres marchés feraient face à un déficit estimé à 17 milliards de mètres cubes de GNL.
La perturbation des approvisionnements a déjà provoqué une forte hausse des prix des carburants. Le diesel a atteint des niveaux records sur plusieurs marchés, alimentant les tensions inflationnistes et accentuant la pression sur les ménages, les entreprises et les finances publiques.
Le transport et la logistique renchérissent le pétrole
Sultan Al Jaber a souligné que les coûts de transport et de logistique représentaient désormais près de 30 % du prix d’un baril de pétrole, contre environ 5 % avant la guerre. Cette progression traduit l’augmentation des coûts liés aux itinéraires maritimes perturbés, aux risques sécuritaires et aux contraintes d’approvisionnement. Le Brent, référence internationale, évoluait autour de 110 dollars le baril, soit une hausse d’environ 50 % depuis février, avant le déclenchement du conflit.
Face à cette situation, le dirigeant d’ADNOC plaide pour un renforcement des infrastructures énergétiques. Il préconise notamment l’augmentation des capacités de stockage stratégique, la constitution de réserves plus importantes de produits pétroliers et le développement de capacités de raffinage flexibles, situées à proximité des marchés de consommation. Il estime que ces investissements doivent être réalisés avant que de nouvelles perturbations ne rendent ces capacités indispensables.
Les stocks d’urgence atteignent leurs limites
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) avait déjà décidé, le mois précédent, de mettre sur le marché plus de 20 millions de barils de diesel, en complément des volumes restant à libérer dans le cadre d’une mobilisation exceptionnelle des réserves stratégiques annoncée en mars. Cette intervention vise à accroître l’offre disponible et à freiner la hausse des prix. Mais la capacité des pays consommateurs à amortir un choc prolongé apparaît désormais plus limitée.
Amin Nasser, directeur général de Saudi Aramco, avait également indiqué le mois dernier que les stocks commerciaux mondiaux étaient tombés sous le seuil de six milliards de barils, une grande partie de ces volumes étant, selon lui, difficilement mobilisable.
Au-delà de la flambée des prix, les déclarations des dirigeants d’ADNOC et de Saudi Aramco soulignent une fragilité structurelle du système énergétique mondial : la concentration des flux pétroliers et gaziers sur des routes maritimes stratégiques, combinée à des réserves de sécurité fortement sollicitées, réduit les marges de réaction face à une crise prolongée.
La durée des perturbations dans le détroit d’Ormuz sera ainsi déterminante pour l’évolution des marchés énergétiques, des coûts de transport et de l’inflation mondiale.