Face au désengagement progressif des banques internationales des hydrocarbures, l’Afrique se dote enfin de son propre levier de financement souverain. Avec un capital autorisé de 5 milliards de dollars, la Banque africaine de l’énergie (AEB) ambitionne de révolutionner la chaîne de valeur énergétique du continent.
L’Afrique disposait des gisements, des marchés et des compétences techniques, mais il lui manquait un instrument financier souverain de premier plan, rappelle une publication de nos confrères du site web Sikafinance. C’est désormais chose faite. En effet, réunis à Abuja au Nigeria, les 18 États membres de l’Organisation des producteurs africains de pétrole (APPO) et Afreximbank ont officiellement porté sur les fonts baptismaux la Banque africaine de l’énergie (Africa Energy Bank – AEB), fruit de quatre années de préparation minutieuse.
Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a été plébiscité à la tête de l’Assemblée générale de la nouvelle institution pour un mandat d’un an, consacrant ainsi le rôle moteur de la Côte d’Ivoire dans la concrétisation de ce projet stratégique initié en 2022. La direction exécutive a quant à elle été confiée à l’Égyptien Helmy Ghazi, ancien cadre dirigeant de HSBC Égypte, retenu pour son expertise avérée des marchés financiers internationaux, écrit la même source.
Répondre à la crise du financement international
La genèse de cette institution trouve ses racines dans un constat alarmant : la contraction drastique des financements internationaux accordés aux projets d’hydrocarbures, sur fond d’accélération des politiques mondiales de décarbonation. Alors que les besoins d’investissement du continent dans le secteur s’élèvent à près de 200 milliards de dollars, les banques de développement et les institutions occidentales ferment progressivement le robinet du crédit.
Une équation intenable pour une région où près de 600 millions de personnes vivent encore sans accès à l’électricité, ajoute notre source, et où les énergies fossiles demeurent indispensables pour alimenter les industries, les transports et les réseaux électriques nationaux. Pour les dirigeants africains, la transition énergétique ne saurait signifier une asphyxie économique immédiate.
Briser la dépendance aux importations de carburants
Au-delà du simple soutien à l’amont (exploration et production), le mandat de la Banque africaine de l’énergie s’attaquera à une anomalie structurelle majeure du continent. Actuellement, l’Afrique exporte près de 75 % de sa production brute de pétrole, tout en important environ 70 % des produits raffinés qu’elle consomme.
Cette aberration logistique et commerciale expose lourdement les économies africaines à la volatilité des cours mondiaux, aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement et à la lourde facture des subventions publiques aux carburants. L’AEB interviendra ainsi sur l’ensemble de la chaîne – du raffinage au stockage, en passant par le transport et la distribution – pour conserver la valeur ajoutée sur le sol africain et stimuler le commerce intra-africain.
Lancement opérationnel en janvier 2027
Si la banque est dotée d’un capital autorisé de 5 milliards de dollars, une première tranche de 1,25 milliard de dollars est en cours de mobilisation, dont plus de 500 millions de dollars d’ores et déjà disponibles pour amorcer les opérations. Le top départ effectif des activités est fixé au 4 janvier 2027.
Avant cette échéance, l’institution sera présentée aux acteurs économiques et institutionnels lors du Salon international des ressources extractives et énergétiques (SIREXE), qui se tiendra à Abidjan. La mission fixée à la nouvelle équipe dirigeante est claire : maximiser la valorisation des richesses pétrolières et gazières locales pour porter l’énergie, enfin, jusqu’au « dernier kilomètre » du continent.