Le marché du transport maritime de pétrole brut connaît une nouvelle flambée spectaculaire. Les tarifs des très grands pétroliers, ou VLCC (Very Large Crude Carriers), ont atteint un nouveau record historique, sous l’effet des perturbations provoquées par la guerre avec l’Iran et des risques persistants dans le détroit d’Ormuz.
Sur la principale liaison entre Ras Tanura (en Arabie saoudite) et la Chine, le revenu quotidien d’un VLCC a atteint 1,29 million de dollars, selon les données du Baltic Exchange publiées le 5 octobre. Pour un voyage d’environ 46 jours, ce niveau représente près de 59,2 millions de dollars de recettes en équivalent time-charter. Cette progression intervient après un précédent record de 1,27 million de dollars par jour, enregistré le 21 septembre. Le marché a donc renoué avec une trajectoire haussière après une brève période de détente.
L’envolée ne concerne pas uniquement la liaison Golfe-Chine. Le revenu moyen quotidien sur le marché spot des VLCC a atteint 786.000 dollars, son plus haut niveau depuis le lancement de cet indicateur en 2008. En une seule journée, cette moyenne a progressé de 73.800 dollars, soit 10,4 %. Le mouvement traduit la forte tension sur la disponibilité des navires alors que les exportateurs du Golfe doivent recourir à des itinéraires et à des opérations logistiques beaucoup plus complexes.
Reuters souligne que les tarifs sur certaines liaisons du Moyen-Orient vers l’Asie dépassent désormais 1,2 million de dollars par jour, contre environ 30.000 dollars en janvier. Le coût du fret représente ainsi une part beaucoup plus importante du prix final du pétrole livré.
Ormuz, principal facteur de tension
La nouvelle flambée des tarifs intervient après plusieurs attaques contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour les exportations d’hydrocarbures du Golfe. Plusieurs VLCC ont été pris pour cible, tandis que les compagnies pétrolières ont multiplié les opérations de transbordement de navire à navire, notamment dans le golfe d’Oman. Ce dispositif permet de faire sortir les cargaisons du Golfe tout en limitant le temps d’exposition des grands navires dans les zones considérées comme les plus dangereuses.
La perturbation des routes traditionnelles immobilise parallèlement une partie importante de la flotte mondiale. Selon Reuters, la hausse des exportations saoudiennes transitant par Ormuz a nécessité des dizaines de VLCC supplémentaires pour assurer ces opérations de navettes et de transbordement.
Mais la hausse des tarifs dépasse désormais le seul théâtre du Golfe. Sur la route reliant le golfe du Mexique aux ports chinois, le coût total d’un voyage en VLCC a atteint 54,8 millions de dollars, un nouveau record. En Afrique de l’Ouest, les revenus quotidiens d’un VLCC transportant du brut vers la Chine ont également dépassé 645.000 dollars. Cette généralisation de la hausse traduit la réorganisation profonde des flux mondiaux de pétrole. Les acheteurs asiatiques se tournent davantage vers les producteurs de l’Atlantique, tandis que les routes plus longues absorbent davantage de capacités de transport.
Un marché transformé par la guerre
La flambée des tarifs maritimes constitue désormais l’un des principaux facteurs de renchérissement du pétrole. Même lorsque les volumes disponibles progressent, les coûts de transport, d’assurance et de transbordement continuent d’alourdir le prix final. Les exportations de brut du Moyen-Orient ont d’ailleurs récemment retrouvé, voire dépassé ponctuellement, leurs niveaux d’avant-guerre, mais les contraintes logistiques persistent.
Pour les armateurs, cette situation représente une opportunité exceptionnelle. Reuters rapporte ainsi que certains acteurs du marché envisagent d’augmenter leurs flottes de VLCC, malgré le risque qu’une normalisation géopolitique et maritime provoque ensuite une forte détente des tarifs. Le paradoxe du marché pétrolier est désormais manifeste : le retour progressif des volumes ne suffit pas à faire baisser les coûts, car la capacité à transporter le pétrole est devenue aussi déterminante que sa disponibilité.