Dans son dernier communiqué, Fitch maintient la note souveraine de la Tunisie avec une perspective stable. L’agence rappelle que la Tunisie a réussi à s’affranchir d’une échéance de 700 millions d’eu ros en juillet. Une opération rendue possible notamment grâce au soutien de la Banque centrale et aux financements bilatéraux et multilatéraux qui continuent de jouer un rôle important. Mais si la Tunisie a été capable d’honorer ses échéances, elle trouve beaucoup de difficultés à rétablir durablement ses équilibres financiers. Et sur ce terrain, l’analyse de Fitch est moins rassurante.
Elle annonce une croissance réelle prévue autour de 2 % en moyenne sur 2026-2028. Une telle situation risquerait de rendre l’espace budgétaire encore plus étroit. L’heure n’est pas seulement à la recherche de financements mais surtout à la capacité de réunir les conditions économiques qui permettront de créer suffisamment de richesse pour rendre les échéances futures plus faciles à honorer.
D’après son rapport, le recours à l’endettement intérieur net pourrait gagner 6,5 % du PIB en 2027 contre 1,7 % en 2026. L’absence d’une importante échéance extérieure en 2027 devrait réduire le besoin de financement exceptionnel de la Banque centrale. Avec une dette publique estimée à 85 % du PIB et un déficit budgétaire estimé à 6,4%, le Trésor aura besoin de ressources importantes. Un tel recours risquerait de fragiliser un système bancaire déjà fortement exposé au risque souverain. D’ailleurs, pourquoi l’État se tournerait davantage vers le système bancaire alors qu’il dispose d’un financement de la Banque centrale à taux zéro ?
Avec une dette publique estimée à 85 % du PIB et un déficit budgétaire estimé à 6,4%, le Trésor aura besoin de ressources importantes. Un tel recours risquerait de fragiliser un système bancaire déjà fortement exposé au risque souverain.
Enfin, Fitch analyse les tensions sociales récentes comme un risque politique limité tout en soulignant que le risque fiscal reste élevé, notamment parce que le gouvernement pourrait être amené à augmenter les allocations sociales et les recrutements dans les services publics. Mais ce diagnostic ne sous-estime-t-il pas le risque politique si les facteurs qui alimentent aujourd’hui les tensions venaient à se prolonger ? La prudence s’impose, car la réponse à la contestation sociale peut elle-même aggraver la contrainte budgétaire et miner la paix sociale.
Bref, tenir ne suffit plus, car le véritable enjeu n’est pas seulement de pouvoir honorer ses engagements, mais plutôt de restaurer une confiance dans le climat des affaires. Une confiance fortement ébranlée par un discours de diabolisation accommodé à toutes les sauces et des textes réglementaires dépourvus de vision.
Noura Harboub Labidi
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