Une interdiction américaine des exportations de diesel pourrait produire l’effet inverse de celui recherché par Washington. Selon un récent rapport de Goldman Sachs, l’accumulation de diesel dans les stocks américains pousserait les raffineries à réduire leur production. Ce qui diminuerait simultanément l’offre d’essence et de carburéacteur et ferait pression à la hausse sur leurs prix.
Le débat sur une éventuelle limitation des exportations américaines de diesel prend une nouvelle dimension. Alors que Donald Trump s’est déclaré favorable à l’idée de conserver davantage de diesel sur le marché intérieur afin de contenir les prix à la pompe, Goldman Sachs estime qu’une telle mesure pourrait finalement provoquer une hausse des prix de l’essence.
Daan Struyven, codirecteur de la recherche mondiale sur les matières premières de Goldman Sachs, explique que l’interdiction des exportations remplirait rapidement les capacités de stockage américaines. La pression ferait baisser le prix du diesel et réduirait les marges des raffineries, les incitant à diminuer leur activité.
Le mécanisme tient à la structure même du raffinage. Le diesel et l’essence sont produits conjointement à partir du pétrole brut. Une réduction de la production des raffineries destinée à éviter un excédent de diesel entraînerait donc également une diminution de la production d’essence. « Des prix plus faibles du diesel inciteraient les raffineries à réduire leur production ». La diminution de l’offre d’essence pourrait alors exercer une pression haussière sur les prix à la pompe.
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a défendu une analyse similaire, estimant qu’une interdiction générale des exportations de diesel « ne fonctionnerait pas », car les raffineries finiraient par manquer d’espace de stockage…
Un marché mondial déjà sous tension
Les États-Unis jouent un rôle majeur sur le marché mondial du diesel. Selon une analyse de S&P Global, le pays exporte actuellement environ 1,5 million de barils par jour de diesel, soit un volume supérieur à celui de l’année précédente. Les exportations américaines ont notamment contribué à compenser une partie des pertes d’approvisionnement provoquées par les perturbations au Moyen-Orient et en Russie.
S&P Global estime qu’une interdiction totale pourrait obliger les raffineries américaines à réduire leur traitement de pétrole d’environ 1,9 million de barils par jour, soit près de 12 % du débit total des raffineries du pays. Le marché mondial pourrait parallèlement subir une hausse des prix du diesel en raison de la disparition d’une partie de l’offre américaine.
La mesure pourrait donc produire un double effet : une pression à la baisse sur le diesel américain, en raison de l’excédent intérieur, mais une pression à la hausse sur l’essence et le carburéacteur, ainsi que sur le diesel vendu sur les marchés internationaux.
Pour Washington, l’enjeu consiste désormais à déterminer si une restriction ciblée, un quota ou une interdiction totale permettrait réellement de réduire les prix à la pompe sans perturber davantage le fonctionnement du marché américain du raffinage.