Des événements inquiétants ont eu lieu le week-end dernier en relation avec la guerre dans le Golfe. Toutes les ambassades américaines dans la région étaient dans un état d’alerte maximal, recommandant à leurs citoyens de rentrer chez eux.
De leur côté, les responsables iraniens ont fait savoir qu’ils disposent d’informations sur « des préparatifs militaires américains visant à lancer une attaque massive contre l’Iran avec la complicité de pays de la région ».
Enfin, le président américain écourta son week-end à Camp David et regagna la Maison Blanche où il a énoncé ce qu’il a appelé ses trois options : « Effacer l’Iran de la surface de la Terre ; continuer à l’étrangler économiquement ; revenir à la négociation. »
Malin celui qui peut compter le nombre de fois où Trump a menacé de faire revenir l’Iran à l’âge de pierre ou de l’asphyxier économiquement. Quant aux négociations, il les a utilisées à deux reprises comme ruse pour accroitre l’effet de surprise de la guerre qu’il préparait avec Netanyahu en juin 2025 et février 2026.
Pour les Iraniens, les négociations ont déjà eu lieu et abouti au Memorandum of Understanding (MoU) que Trump a signé le 17 juin à Versailles et ignoré presque aussitôt. Depuis, la position officielle iranienne reste inchangée : les négociations ont eu lieu, le MoU a été signé et il reste le seul moyen de mettre fin à la guerre.
En d’autres termes, tant que le président américain maintient son refus d’appliquer le Mémorandum, le détroit d’Ormuz restera fermé, la région dans un état de guerre et l’économie mondiale sur la voie de la dépression.
Sur le plan personnel, Trump est de plus en plus stressé à l’approche des élections de mi-mandat qui se tiendront dans cinq semaines. Les démocrates ont toutes les chances de les remporter. Ce qui constitue un vrai cauchemar pour Donald Trump qui y voit un gros risque de destitution par la procédure d’impeachment et un procès pour corruption, viol de la Constitution, sans parler de l’affaire Epstein.
Sur le plan de l’Establishment, ceux qui tirent les ficelles de la politique américaine acceptent difficilement l’idée de la défaite d’une puissance nucléaire par un pays non nucléaire qui, plus est, sous sanctions étouffantes depuis un demi-siècle. Une humiliation terrifiante aux conséquences géostratégiques dévastatrices pour les Etats-Unis.
Ces deux raisons sont évoquées par des analystes chevronnés, dont le Britannique George Galloway et l’ancien analyste de la CIA Larry Johnson, pour exprimer leurs craintes d’un recours « très probable » à l’arme nucléaire comme « le seul et unique moyen de mettre à genoux l’Iran ».
Les analystes iraniens, dont le professeur à l’université de Téhéran, Mohammed Marandi, sont conscients du danger que des villes iraniennes pourraient subir le sort d’Hiroshima et Nagasaki. Mais, soutiennent-ils, « l’histoire millénaire, la religion et la culture politique de la nation persane interdisent au peuple iranien de se soumettre à l’injustice des forces maléfiques ».
La résilience iranienne qui a « choqué » Trump dès les premiers jours de la guerre d’une part, et, d’autre part, la conviction de l’Establishment américain qu’une défaite de l’Iran est impossible par l’armement conventionnel, font que le monde se trouve dans la situation la plus dangereuse depuis la fin de la Seconde guerre mondiale il y a plus de huit décennies…
A ce risque de l’impasse dans le Golfe, s’ajoute celui de l’impasse dans l’autre foyer de tension : la guerre d’Ukraine. La « patience stratégique » dont a fait preuve la Russie face aux provocations incessantes de l’OTAN s’amenuise. On reste pantois face à l’irrationalité dont font preuve les élites gouvernantes en Europe, et en particulier en Grande Bretagne, en France et en Allemagne face à une puissance détentrice de six mille têtes nucléaires.
Ces trois pays qui continuent de verser de l’huile sur le feu, pensent-ils réellement qu’une défaite de la Russie par des armes conventionnelles l’empêchera de répondre par son arsenal nucléaire ? Sont-ils amnésiques au point d’oublier que tous les agresseurs, les provocateurs et les envahisseurs de la Russie ont été défaits sur la durée ?
Ces deux foyers de tension font que, comme l’a dit George Galloway dans son podcast dominical : « Il est presque minuit dans l’horloge nucléaire. » Pourtant, il n’est pas au-dessus des capacités humaines de sortir de ces deux impasses. Il suffit que Trump revienne au Mémorandum qu’il a signé le 17 juin à Versailles. Il suffit aussi aux Européens de s’assoir avec la Russie à la table des négociations et de discuter d’un nouvel arrangement sécuritaire qui garantirait la paix pour tous. A commencer par la dissolution de l’OTAN, cette force génératrice de mort, de destruction et d’anarchie là où elle s’aventure.