Les marchés financiers jugent désormais très probable une hausse de 25 points de base des taux de la Réserve fédérale américaine (Fed). Mais plusieurs de ses anciens responsables estiment encore qu’un statu quo reste possible. Et ce, compte tenu des divisions au sein du comité monétaire et de l’incertitude entourant la trajectoire de l’inflation.
La Fed se retrouve à la veille d’une réunion particulièrement délicate. Alors que les marchés considèrent désormais comme presque acquise une hausse des taux directeurs cette semaine, plusieurs anciens responsables de la banque centrale américaine estiment qu’un maintien des taux reste possible.
Les contrats à terme évaluent actuellement entre 85 % à 90 % la probabilité d’une hausse de 25 points de base lors de la réunion des 15 et 16 septembre. Une telle décision constituerait la première hausse des taux de la Réserve Fédérale depuis plus de trois ans.
Pourtant, le scénario d’un statu quo n’a pas totalement disparu. Loretta Mester, ancienne présidente de la Fed de Cleveland, juge notamment que les probabilités intégrées par les marchés sont trop élevées.
John Williams, président de la Fed de New York, insiste pour sa part sur la nécessité d’observer plusieurs mois de données avant de conclure que l’inflation est véritablement maîtrisée. Pour lui, les mesures mensuelles de l’inflation doivent durablement converger vers un rythme compatible avec l’objectif de 2 %.
Les partisans de la patience estiment néanmoins que la Fed ne devrait pas prendre une décision aussi importante sur la base d’un seul indicateur mensuel. Ainsi, Adam Posen, président du Peterson Institute for International Economics, considère qu’un statu quo demeure légèrement plus probable qu’une hausse. Il estime que décider en fonction d’une seule donnée récente reviendrait à réagir à un indicateur rétrospectif et potentiellement volatil.
Le pétrole complique la décision
Le facteur énergétique constitue toutefois un risque majeur. La flambée des cours du pétrole, alimentée par les tensions au Moyen-Orient, menace de prolonger les pressions inflationnistes aux États-Unis. Le Brent évolue désormais au-dessus de 100 dollars le baril. Tandis que la hausse du pétrole et du diesel alimente les anticipations d’inflation et exerce une pression supplémentaire sur les rendements obligataires américains.
Pour la Fed, le risque est donc double : ne pas agir suffisamment rapidement pourrait laisser l’inflation s’enraciner; tandis qu’un relèvement trop précoce pourrait accentuer le ralentissement de l’activité et du marché du travail.
Kevin Warsh sous pression
La réunion sera également un test pour le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh. Après avoir défendu à Jackson Hole l’idée que les conditions financières n’étaient pas suffisamment restrictives et que les précédentes données d’inflation ne permettaient pas de conclure à une désinflation durable, il devra désormais expliquer clairement toute décision de politique monétaire.
Un statu quo pourrait être interprété comme un recul par rapport à ses déclarations précédentes. Une hausse, au contraire, confirmerait la volonté de la Fed de reprendre progressivement le chemin du resserrement monétaire.
L’enjeu dépasse donc le seul niveau du taux directeur. La Fed doit surtout déterminer si le regain d’inflation constitue un phénomène temporaire lié à l’énergie et aux tensions géopolitiques, ou le début d’une nouvelle phase inflationniste nécessitant plusieurs hausses de taux.
Les marchés ont déjà largement intégré une première hausse de 25 points de base. Mais la véritable surprise pourrait venir du message accompagnant la décision : une hausse ponctuelle ou le début d’un nouveau cycle de resserrement ?