L’inflation américaine à la production s’est accélérée en août, atteignant 5,4 % sur un an, contre 4,8 % en juillet. Cette nouvelle progression, largement alimentée par la hausse des coûts de l’énergie, intervient à quelques jours de la prochaine réunion de la Réserve fédérale (Fed) et complique davantage les perspectives de politique monétaire.
Les pressions inflationnistes se sont de nouveau renforcées aux États-Unis en août. Selon les données du département du Travail publiées jeudi 10 septembre, l’indice des prix à la production (PPI) a progressé de 0,4 % sur un mois.
Sur un an, le PPI atteint ainsi 5,4 %, contre 4,8 % le mois précédent. Le rythme annuel dépasse légèrement les prévisions des économistes et reste très supérieur à l’objectif d’inflation de 2 % fixé par la Réserve fédérale.
Cette accélération constitue un nouveau signal de persistance des tensions inflationnistes dans la première économie mondiale. Elle intervient alors que la hausse des prix de l’énergie, notamment du pétrole et des carburants, est alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et le conflit entre les États-Unis et l’Iran.
Les prix de l’énergie ont augmenté de 4,2 % en août, contribuant fortement à la progression de l’indice. Le diesel a notamment enregistré une envolée de 24,1 % sur un mois et de près de 78 % sur un an, avec des répercussions sur les coûts du transport, de la logistique et de nombreuses activités industrielles.
Les prix des biens ont également progressé de 1,1 %; tandis que plusieurs services ont connu des augmentations. Les tarifs aériens ont notamment grimpé de 4,2 %, tandis que les prix des services hospitaliers ont également augmenté. Les composants électroniques ont, eux, subi une pression supplémentaire liée à la demande croissante associée aux investissements dans l’intelligence artificielle.
Même en excluant les composantes les plus volatiles que sont l’alimentation et l’énergie, la progression reste significative. Le PPI sous-jacent a augmenté de 0,2 % en août et de 4,6 % sur un an, contre 4,3 % en juillet. Cette évolution reste préoccupante pour la Fed, qui surveille particulièrement les composantes susceptibles de se transmettre durablement aux prix à la consommation.
Les chiffres renforcent ainsi le sentiment que le reflux de l’inflation américaine pourrait être plus lent que prévu. Le PPI constitue également l’un des éléments pris en compte dans le calcul de l’indice des dépenses personnelles de consommation, le PCE, qui sert de référence privilégiée à la Réserve fédérale.
La Fed face à un dilemme
Ces données arrivent à un moment particulièrement sensible pour la politique monétaire américaine. La prochaine réunion de la Fed est prévue les 15 et 16 septembre, avec une décision sur les taux attendue le 16 septembre. Avant la publication du PPI, les marchés anticipaient déjà une possibilité significative de relèvement des taux. Après la publication des chiffres, cette probabilité a encore augmenté, les opérateurs considérant désormais plus sérieusement l’hypothèse d’un resserrement monétaire.
La situation place la Fed devant un arbitrage délicat. D’un côté, une inflation supérieure à l’objectif de 2 % plaide pour une politique monétaire plus restrictive. De l’autre, un relèvement des taux risque de peser sur l’activité économique et l’investissement.
Les marchés attendent donc désormais avec une attention particulière les chiffres de l’indice des prix à la consommation (CPI), dont la publication doit apporter un éclairage supplémentaire sur l’évolution de l’inflation directement supportée par les ménages.
Le marché du travail offre un autre signal
Le département du Travail a également publié les chiffres hebdomadaires des demandes d’allocations chômage. Elles ont diminué de 1 000, à 206 000 au cours de la semaine achevée le 5 septembre, contre 205 000 attendues par les économistes interrogés par Reuters. Le marché du travail demeure donc relativement solide. Les demandes hebdomadaires évoluent depuis plusieurs semaines dans une fourchette étroite. Alors que l’économie américaine a créé 162 000 emplois en août, soit sa meilleure performance mensuelle depuis cinq mois.
Cette résistance de l’emploi réduit également la pression en faveur d’un assouplissement monétaire rapide. Pour la Fed, l’équation devient ainsi particulièrement complexe : une inflation qui accélère, un marché du travail qui reste résilient et des prix de l’énergie fortement orientés à la hausse.
La publication du CPI sera dès lors déterminante pour préciser la trajectoire des taux. En attendant, la hausse de l’inflation à la production constitue un nouveau rappel que le retour durable des prix vers l’objectif de 2 % de la Fed reste loin d’être acquis.