Un G7 s’est ouvert à Evian (France) dans un contexte international marqué par l’intensification de la guerre en Ukraine et l’accord irano-américain. La situation au Moyen-Orient a justifié la présence notamment de l’émir du Qatar et du président des Emirats arabes unis. Il n’empêche, le G7 est l’incarnation d’un « club occidental », en décalage avec les nouveaux équilibres mondiaux et le mouvement global de désoccidentalisation du monde. Le XXIe siècle signe la fin du monopole de la puissance dont jouissait ce « Nord global ».
Le G7, reflet du monde occidental
Le G7 permet des échanges directs entre chefs d’Etat ou de gouvernement, dans un cadre diplomatique multilatéral assez informel (avec une administration légère et l’absence de secrétariat permanent), pour traiter de sujets globaux, pas seulement économique, comme à l’origine).
Née à la suite du premier choc pétrolier (1973), la pratique a d’abord consisté à réunir les chefs d’Etat ou de gouvernement des puissances occidentales les plus industrialisées lors de sommets annuels. Le président français d’alors, V. Giscard d’Estaing, est à l’origine de l’initiative de transformer les discussions informelles de Washington, dites G5 (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Japon), en sommet annuel sur les questions économiques et financières (1975). Celui-ci permettait de répondre aux limites du Conseil de sécurité de l’ONU, peu actif en matière économique et insuffisamment représentatif (absence de deux grandes puissances économiques mondiales, le Japon et l’Allemagne). Progressivement, le sommet s’élargit à l’Italie (G6) puis au Canada (G7), ainsi qu’au président de la Commission européenne.
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Ces sommets en forme de « directoire économique mondial » exercé par les pays industrialisés sont critiqués (par des Etats et des mouvements « altermondialistes » issus de la société civile) pour leur « déficit démocratique » et pour leur matrice idéologique néolibérale. En outre, plus de cinquante ans après sa création, le G7 ne correspond plus aux rapports de force mondiaux.
Le G7, symbole de la désoccidentalisation du monde
La crise financière de 2008-2009 (qui a surtout frappé les économies occidentales) a sapé un peu plus sa légitimité et justifié la création du G20 (en 1999) relativement plus ouvert et représentatif. Ce cadre de coordination intergouvernementale réunit puissances occidentales et puissances émergentes, d’abord au niveau des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales, puis, pour la première fois, au niveau des chefs d’Etat ou de gouvernement en 2008, lors du sommet exceptionnel de Washington. Ce forum intergouvernemental représente les deux tiers de la population de la planète, 85% de son commerce et 90% de son PIB.
Ce rééquilibrage des rapports de force mondiaux correspond à une redistribution de la puissance, à la fin du monopole du récit « occidental » du monde et à un glissement du pivot des relations internationales de la zone transatlantique vers l’espace transpacifique. La force motrice de l’économie mondiale bascule en Asie, où vit plus de la moitié de la population mondiale. En trois décennies, la rivalité entre Etats-Unis et URSS a cédé la place à la compétition sino-américaine. Une reconfiguration des relations internationales nourrie par une émancipation et une montée en puissance de certains pays du Sud, auxquelles ont du mal à s’adapter les stratégies et diplomaties occidentales.
Les indices d’un déclin de l’hégémonie et les signes de contestation de sa domination (matérielle, symbolique) se multiplient. Sur le plan démographique, près de 15% seulement de la population mondiale vit en Occident. Une tendance à la régression qui se vérifie aussi sur le plan économique, comme le montrent les prévisions de croissance du FMI et l’évolution du partage du PIB mondial (en parité de pouvoir d’achat). Le poids des pays occidentaux dans la croissance mondiale et dans le PIB mondial devrait continuer à baisser.
Derrière cette désoccidentalisation du monde, il y a aussi un monde fragmenté, déséquilibré, marqué par l’effacement de toutescroyances et références communes, comme en témoigne la marginalisation du droit international. Comme si la conscience d’appartenir à un même monde déclinait, ce, au moment même où l’existence d’un intérêt commun est particulièrement manifeste et concrète. ..