Le magistrat et ancien ministre de la Défense nationale, Rachid Sabbagh, est décédé mardi 15 septembre 2026. L’annonce de sa disparition a suscité de nombreuses réactions dans les milieux judiciaires tunisiens, comme l’on pouvait s’y attendre..
La magistrature tunisienne a perdu l’une de ses figures. Rachid Sabbagh avait consacré une grande partie de sa carrière à la justice, avant d’occuper plusieurs responsabilités importantes au sein de l’État. À sa disparition, la Cour administrative a également rendu hommage à celui qu’elle présente comme son « ancien premier président », saluant la mémoire d’un magistrat et adressant ses condoléances à sa famille. Les obsèques sont prévues mercredi 16 septembre, après la prière de midi, avec un départ de son domicile vers le cimetière du Jellaz.
Une longue carrière dans la magistrature
Formé notamment à la Zitouna, Rachid Sabbagh s’était orienté très tôt vers le droit et la magistrature. Les sources biographiques indiquent qu’il était devenu juge à l’âge de 23 ans et qu’il s’était particulièrement intéressé à la jurisprudence islamique.
Sous la présidence de Habib Bourguiba, il avait occupé plusieurs responsabilités dans l’appareil judiciaire et administratif. Il avait notamment été chef de cabinet auprès des ministres de la Justice, Mohamed Bellalouna et Slaheddine Baly, et avait également exercé les fonctions de premier président de la Cour de cassation.
Son parcours ne s’est toutefois pas limité aux fonctions judiciaires. Rachid Sabbagh avait également développé une réflexion juridique sur les rapports entre le droit moderne et le droit musulman. C’est ainsi que, en 1969, il avait notamment publié dans la Revue tunisienne de droit une étude intitulée « L’évolution du droit de garde dans les pays du Maghreb », consacrée à la hadana, c’est-à-dire aux règles relatives à la garde des enfants dans les systèmes juridiques maghrébins.
À la tête du Conseil supérieur islamique après la révolution
Après la révolution de 2011, son expérience juridique et son intérêt pour les questions de droit musulman l’avaient conduit à occuper une nouvelle responsabilité publique. Ainsi, en juillet 2011, dans le gouvernement de transition dirigé par Béji Caïd Essebsi, Rachid Sabbagh avait été nommé président du Conseil supérieur islamique, une instance consultative chargée notamment de donner son avis sur des questions religieuses et liées à l’interprétation de la Constitution.
Cette nomination avait fait de lui l’une des personnalités issues de la haute magistrature appelées à jouer un rôle dans la période de transition qui a suivi la chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali.
Ministre de la Défense dans le gouvernement Larayedh
En mars 2013, Rachid Sabbagh sera nommé ministre de la Défense nationale dans le gouvernement dirigé par Ali Larayedh, succédant par conséquent à Abdelkrim Zbidi, portefeuille qu’il occupera jusqu’en janvier 2014, avant de céder sa place à Ghazi Jeribi.
Son arrivée à la Défense intervenait dans une période particulièrement sensible pour la Tunisie. Le pays faisait alors face à une situation sécuritaire difficile, notamment dans les zones montagneuses de l’ouest, où l’armée était engagée dans des opérations contre des groupes armés.
Durant son passage au ministère, Rachid Sabbagh avait notamment défendu l’idée d’une armée nationale à dimension républicaine et insisté sur l’indépendance de la justice militaire, rappelle-t-on. Il avait également affirmé que, compte tenu de son parcours de magistrat, il se considérait comme une personnalité indépendante de la vie partisane.
En mai 2013, alors que la situation sécuritaire était particulièrement tendue dans la région du mont Chaambi, il avait participé à des discussions consacrées à la situation sécuritaire avec le chef du gouvernement Ali Larayedh et le chef d’état-major des armées, le général Rachid Ammar.
Une personnalité au parcours à la croisée du droit, de la justice et des affaires religieuses
Le parcours de Rachid Sabbagh est ainsi marqué par une succession de responsabilités rarement réunies chez une même personnalité : magistrat, haut responsable judiciaire, président du Conseil supérieur islamique puis ministre de la Défense.
Son itinéraire illustre également les transformations institutionnelles qu’a connues la Tunisie, depuis les dernières décennies du règne de Habib Bourguiba jusqu’à la période de transition ouverte en 2011 et aux gouvernements qui ont suivi la révolution.
Avec sa disparition, la Tunisie perd une personnalité dont le parcours s’est inscrit pendant plusieurs décennies au croisement de la magistrature, du droit et de l’État.
La dépouille de Rachid Sabbagh doit être accompagnée à sa dernière demeure mercredi 16 septembre, après la prière de midi, en direction du cimetière du Jellaz.
Que son âme repose en paix.