La Tunisie est confrontée à une transformation démographique majeure qui redéfinit progressivement les enjeux sociaux et sanitaires du pays. Selon les résultats du dernier recensement relayés par Radio France Internationale (RFI), les personnes âgées de plus de 60 ans représentent désormais 17 % de la population tunisienne. En l’espace d’une décennie, leur nombre a triplé, faisant de la Tunisie le pays africain où le rythme du vieillissement démographique est le plus rapide.
Cette évolution, qui contraste avec la dynamique généralement jeune observée dans le reste du continent africain, pousse les autorités et les acteurs du secteur de la santé à adapter leurs politiques publiques à une nouvelle réalité démographique.
Dans la région de Tunis, de nombreuses familles sont déjà confrontées aux défis liés à la prise en charge des personnes âgées. Cependant, l’accélération du vieillissement met en lumière certaines insuffisances, notamment le manque d’auxiliaires de vie et de services spécialisés à domicile. Malgré une demande croissante, ce secteur peine encore à répondre aux besoins des familles confrontées à la perte d’autonomie de leurs proches.
Pour les spécialistes, l’un des principaux défis consiste à permettre aux personnes âgées de rester le plus longtemps possible dans leur environnement familial. La présidente de la Société tunisienne de gériatrie, Sonia Hammami, souligne que les professionnels de santé privilégient un modèle de prise en charge à domicile inspiré de certaines expériences européennes, tout en tenant compte des spécificités culturelles tunisiennes où la solidarité familiale conserve une place centrale.
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Au-delà des aspects sociaux, la question sanitaire devient également cruciale. Le vieillissement de la population entraîne une augmentation des besoins en soins spécialisés, notamment pour les maladies chroniques et la dépendance liée à l’âge. Conscient de ces enjeux, le ministère tunisien de la Santé a annoncé en 2025 la création d’une spécialité médicale en gériatrie d’une durée de cinq ans, dont le lancement est prévu à partir de la prochaine rentrée universitaire.
Cette transition démographique soulève également des interrogations sur l’avenir des systèmes de santé, de retraite et de protection sociale. Alors que l’espérance de vie continue de progresser et que la natalité recule, la Tunisie entre dans une nouvelle phase de son développement où l’adaptation au vieillissement de la population devient un enjeu stratégique majeur.
Source : Reportage de Radio France Internationale (RFI)