Le géant chinois Alibaba Group a annoncé le lancement d’une nouvelle puce dédiée à l’intelligence artificielle. Et ce, dans un contexte de restrictions américaines croissantes visant les exportations de technologies avancées vers la Chine. Cette initiative intervient alors que Nvidia rencontre de fortes difficultés pour maintenir sa présence sur le marché chinois, en raison des contrôles imposés par Washington sur les semi-conducteurs stratégiques.
Alibaba a dévoilé mercredi 20 mai une nouvelle génération de processeurs spécialisés dans l’intelligence artificielle. Ils sont destinée aux centres de données, au cloud computing et aux modèles d’IA générative. Cette annonce marque une nouvelle étape dans la stratégie chinoise d’autonomie technologique face à l’intensification de la guerre commerciale et technologique entre Pékin et Washington.
Selon plusieurs médias économiques asiatiques, cette nouvelle puce a été développée par T-Head, la filiale d’Alibaba spécialisée dans les semi-conducteurs. Elle vise à réduire la dépendance des entreprises chinoises aux composants américains, notamment ceux produits par Nvidia, leader mondial des processeurs graphiques utilisés dans l’IA.
A cet égard, notons que depuis 2023, les États-Unis ont progressivement renforcé les restrictions sur les exportations de puces avancées vers la Chine, invoquant des préoccupations de sécurité nationale et le risque d’utilisation militaire des technologies d’intelligence artificielle. Sous la présidence de Donald Trump, revenu à la Maison-Blanche en janvier 2025, ces mesures ont encore été durcies.
Ces limitations ont fortement affecté Nvidia, dont plusieurs modèles haut de gamme destinés au marché chinois ont été interdits ou soumis à des licences spéciales. Malgré des versions adaptées conçues spécifiquement pour la Chine, le groupe américain peine désormais à conserver sa domination sur un marché stratégique représentant plusieurs milliards de dollars.
Dans ce contexte, Alibaba tente de profiter du vide technologique laissé par les entreprises américaines. Pékin encourage depuis plusieurs années ses grands groupes – Alibaba, Huawei, Baidu ou Tencent – à accélérer le développement de technologies nationales capables de concurrencer les géants occidentaux.
La nouvelle puce d’Alibaba devrait être utilisée dans ses infrastructures cloud, un secteur considéré comme central dans la compétition mondiale autour de l’intelligence artificielle. Le groupe chinois cherche notamment à renforcer ses capacités dans les grands modèles de langage et les applications industrielles de l’IA.
Cette annonce illustre également une évolution plus profonde de la rivalité sino-américaine : la bataille ne porte plus seulement sur le commerce ou les tarifs douaniers, mais sur le contrôle des technologies stratégiques du XXIe siècle – semi-conducteurs, intelligence artificielle, cloud et calcul haute performance.
Pour Washington, limiter l’accès de la Chine aux puces avancées permettrait de ralentir les progrès militaires et technologiques chinois. Pour Pékin par contre, ces restrictions confirment au contraire l’urgence de construire une souveraineté technologique complète.
La guerre des semi-conducteurs devient ainsi l’un des principaux champs de confrontation entre les deux premières puissances mondiales. Et dans cette compétition, Alibaba cherche désormais à s’imposer non seulement comme un géant du commerce électronique, mais aussi comme un acteur clé de l’architecture technologique chinoise de demain.