Selon plusieurs médias américains, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite auraient mené, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, plusieurs frappes ciblées contre l’Iran. Des opérations conduites dans la plus grande discrétion, tant les monarchies du Golfe restent prisonnières de délicats équilibres internes et régionaux.
La guerre au Moyen-Orient nous apporte chaque jour son lot de surprise. Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite auraient frappé à plusieurs reprises l’Iran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient sans pour autant rendre ces bombardements publics, ont affirmé des médias américains. Des ripostes « secrètes » qui visent à éviter un embrasement généralisé de la région.
Selon les révélations du The Wall Street Journal, lundi 11 mai, les Émirats arabes unis auraient discrètement frappé le territoire iranien à l’aide de chasseurs Mirage et F-16, sans jamais revendiquer officiellement l’opération.
D’après le quotidien américain, des appareils émiratis auraient visé, début avril, une raffinerie stratégique située sur l’île iranienne de Lavan, la mettant hors service pour plusieurs mois. L’attaque serait intervenue au moment où le cessez-le-feu venait d’être annoncé par les Etats-Unis, après cinq semaines de campagne aérienne, mais n’était pas encore entré en vigueur. Sans désigner publiquement son adversaire, l’Iran avait alors riposté par une pluie de missiles et de drones visant le territoire émirati.
Les Emirats dans la tourmente
Rappelons à cet égard que pendant la guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, les Emirats arabes unis ont été le pays le plus ciblé de la région, Israël, compris avec quelque 550 missiles balistiques et de croisière et plus de 2 800 drones iraniens tirés contre lui. Des attaques qui ont totalement désorganisé la vie du richissime Etat pétrolier et écorné sérieusement son image de havre de paix, de prospérité et de stabilité.
En signe de riposte, les Emirats ont depuis renforcé leur coopération avec les Etats-Unis, et soutenu des projets de résolution aux Nations unies autorisant le recours à la force pour briser le blocus de l’Iran sur le détroit d’Ormuz. Ils ont également pris des mesures contre les intérêts financiers de l’Iran, en fermant à Dubaï des écoles et des clubs liés à Téhéran et en refusant d’accorder des visas aux citoyens iraniens.
Virage stratégique
Mais, Abou Dhabi aura surtout négocié un virage stratégique en s’alignant davantage avec l’Etat sioniste : tout au long de la guerre, la coopération entre les deux pays a notamment porté sur le partage de renseignements, la détection et l’interception de missiles et de drones iraniens, ainsi que la sélection de cibles iraniennes, ont déclaré les sources.
Et ce n’est pas tout, puisque selon des responsables américains, Israël a envoyé une batterie du Dôme de fer et des soldats chargés de la faire fonctionner aux Émirats arabes unis pour aider Abou Dhabi à se défendre contre les bombardements iraniens. Une information confirmée d’ailleurs par l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz.
Et, cerise sur le gâteau, le bureau du Premier ministre israélien a créé la surprise en déclarant, mercredi 13 mai dans un bref communiqué, qu’« en plein déroulement de l’opération » militaire israélo-américaine contre l’Iran, le chef du gouvernement Benjamin Netanyahu s’était rendu discrètement aux Émirats pour y rencontrer le président Mohammad ben Zayed (MBZ) » sans plus de précision sur la date du voyage.
Un communiqué démenti par Abou Dhabi mais qui n’a pas manqué de faire réagir le ministre des Affaires étrangères iranien lors du sommet des BRICS à New Delhi, ce jeudi 14 mai. « Il est désormais évident qu’ils ont participé à ces attaques, peut-être même qu’ils ont agi directement contre nous », a accusé Abbas Araghtchi à propos des Emirats.
La retenue de Riyad
D’autre part, le Financial Times avait également révélé que l’Arabie saoudite aurait répondu fin mars aux attaques iraniennes contre ses infrastructures énergétiques et civiles, envoyant ainsi un message codé à Téhéran suggérant que le royaume est capable de riposter mais n’entendait pas pour autant se joindre à la coalition israélo-américaine.
En effet, le royaume wahhabite, qui a été frappé par des attaques qui ont réduit sa capacité de production de pétrole de 600 000 barils par jour et diminué le débit de l’oléoduc Est-Ouest de 700 000 barils par jour, a opté pour une réponse plus mesurée que son voisin émirati en informant l’Iran en amont de ses frappes.
L’Arabie saoudite a, quant à elle, « fait preuve d’une démarche beaucoup plus prudente, privilégiant les canaux diplomatiques en passant par le Pakistan, Oman et le Qatar pour bien faire comprendre qu’elle ne voulait absolument pas rejoindre une guerre aux côtés d’Israël », écrit le Financial Times . Une stratégie qui a porté ses fruits puisque le nombre d’attaques par drones et missiles contre son territoire est passé de plus de 105 lors de la semaine du 25 au 31 mars à un peu plus de 25 entre le 1er et le 6 avril.
L’ancien chef des services de renseignement saoudiens, le prince Turki al-Faiçal, a résumé parfaitement la position du royaume en soulignant dans une tribune publiée le week-end dernier dans le journal saoudien Arab News : « Lorsque l’Iran et d’autres ont tenté d’entraîner le royaume dans la fournaise de la destruction, nos dirigeants ont choisi d’endurer les souffrances causées par un voisin afin de protéger la vie et les biens de nos citoyens ».
Tout a été dit.