La crise actuelle doit servir de catalyseur pour réduire la dépendance énergétique de la Tunisie. Pour ce faire, il est indispensable d’enclencher un désengagement progressif des énergies fossiles au profit d’un investissement massif dans le renouvelable, ouvert aux partenariats internationaux.
Des économistes, que L’Economie Maghrébin a sondés, qualifient la crise énergétique actuelle de révélatrice et estiment qu’elle constitue l’ultime alerte pour que la Tunisie réduise ses dépendances. Ils dressent un constat sévère sur les quinze dernières années, marquées par une absence quasi totale de prospection pétrolière, de nouvelles découvertes et d’investissements dans le secteur. Ils soulignent que ce désintérêt pour les ressources fossiles nationales devrait imposer aujourd’hui un redéploiement stratégique vers les énergies propres.
Ils jugent d’ailleurs paradoxal, voire « scandaleux », le retard accumulé par le pays dans ce domaine. Alors que la Tunisie bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel dépassant les 250 à 300 jours par an. Selon leurs analyses, le pays a délibérément gâché un potentiel précieux, se retrouvant aujourd’hui avec une part de renouvelables dérisoire – moins de 3 % – loin de l’objectif de 30 % initialement projeté pour 2030.
Un arbitrage financier en faveur de l’investissement
Face à l’argument du coût élevé des infrastructures vertes, les économistes soutiennent que le maintien du statu quo est financièrement plus onéreux. Ils soulignent que l’achat de gaz et de carburants aux conditions actuelles du marché international mobilise des ressources colossales. Et d’estimer qu’un arbitrage s’impose. Tout en reconnaissant que la phase de transition nécessite de financer simultanément les importations de carburants et les nouveaux investissements; ils rappellent qu’une activité productrice génère nécessairement un retour sur investissement.
Et de préciser qu’en investissant massivement dans le solaire et l’éolien, la Tunisie pourrait réduire sa facture pétrolière d’ici quatre à cinq ans. Les devises ainsi économisées permettraient alors d’assurer le remboursement de la dette extérieure. Dans cette perspective, ils estiment que la question n’est pas l’endettement en soi, mais l’usage qui est fait des fonds empruntés. Un emprunt destiné à l’investissement productif s’inscrit, expliquent-ils, dans la trajectoire historique classique des pays en développement qui, en devenant matures, parviennent à assainir leur position financière.
Ouverture au privé et ambition à l’export
Pour atténuer la charge financière de cette transition, ils préconisent de ne pas limiter l’effort d’investissement aux seuls acteurs tunisiens. Ils plaident pour une ouverture accrue aux partenariats public-privé (PPP), incluant des investisseurs étrangers.
Ils suggèrent également d’encourager les entreprises internationales à produire de l’énergie propre sur le sol tunisien à des fins d’exportation. Ils ne voient aucun obstacle à ce que ce secteur suive le modèle des industries électriques, mécaniques ou des composants automobiles. Une telle stratégie permettrait à l’État de percevoir des recettes d’exportation et de générer des rentrées de devises supplémentaires.
In fine, les économistes interrogés appellent à ce que cette crise serve de leçon pour engager, sans plus tarder, une transition énergétique dont le retard devient critique pour l’économie nationale.