Vivre en paix et travailler sereinement, loin de la guerre. Tels sont les mots de Raed Issa, artiste palestinien rencontré lors du deuxième jour du lancement de la Saison Méditerranée à Marseille.
Raed Issa n’est pas un témoin ordinaire. Son parcours est marqué par une histoire lourde. Lors de son intervention à l’exposition, il confie avoir quitté Gaza il y a environ un an grâce au programme Pause, après avoir été évacué par le consulat français à Jérusalem. Aujourd’hui, il poursuit sa pratique artistique et culturelle à Marseille.
Dans ce contexte, il nous explique : “ Je participe actuellement à une exposition avec deux œuvres distinctes. La première est une série de dessins réalisés pendant la guerre et le génocide à Gaza, alors que je vivais sous une tente. Ces dessins témoignent directement de cette expérience, de la vie quotidienne dans des conditions extrêmes. “
Il poursuit : “ La seconde œuvre est une tente que j’ai fabriquée moi-même lors de mon déplacement forcé du nord vers le sud. À ce moment-là, il était impossible de se procurer une tente. Je l’ai donc construite à partir de sacs de farine en plastique que j’ai cousus ensemble. C’est cette même tente que je présente aujourd’hui dans l’exposition.
À Gaza, cette tente n’était pas adaptée à la vie : elle n’offrait aucune intimité, laissait passer la chaleur en été et l’eau en hiver. À travers cette œuvre, j’exprime aussi un rêve : celui d’une tente meilleure, fermée, protégée, presque recouverte symboliquement de cire d’abeille pour empêcher l’eau d’entrer. Cette image est une métaphore : elle évoque un abri digne, mais aussi une forme de douceur et de beauté, à travers le parfum et la texture de la cire.”
Ce travail met en lumière le manque du strict minimum vital. Des besoins simples deviennent des rêves : trouver du bois pour faire du feu, préparer à manger, ou simplement obtenir une tasse de thé. Il n’y avait ni gaz ni électricité. Posséder une tente devenait un privilège. Certains dormaient des semaines à l’air libre en attendant d’en obtenir une.
Par ailleurs, l’artiste représente également le déplacement forcé qu’il a lui-même vécu, lorsqu’il a marché de Gaza jusqu’à Rafah avec ses enfants pendant toute une journée. Une scène réelle, directement issue de son expérience.
Une autre œuvre montre une personne allongée, tenant un instrument de musique, symbole de son talent et de son identité. Malgré la douleur, la guerre et les pertes, cette figure continue de créer, de jouer, de vivre. “Pour moi, c’est cela la véritable résistance : continuer à exister, à créer, à rester humain, même dans les pires conditions “, souligne-t-il.
À travers cette exposition, Raed Issa souhaite transmettre un message clair : les habitants de Gaza sont des civils, des êtres humains qui aspirent simplement à vivre dignement. “ Ils ne sont pas ce que certains discours prétendent. Ils vivent sous la violence, l’injustice et la peur, et espèrent un jour voir cette souffrance prendre fin “, conclut-il.