Dans une déclaration exclusive accordée à L’Économiste Maghrébin, l’ancien directeur général de la FIPA Khalil Laabidi livre une lecture nuancée de l’impact des augmentations salariales récentes sur le tissu économique. Si ces hausses apportent un soulagement limité aux employés, dont le pouvoir d’achat s’est fortement dégradé, leur effet sur les entreprises varie considérablement selon leur taille et leur situation financière.
Khalil Laabidi commence par relativiser la portée de l’impact. Il rappelle que la situation n’est pas nouvelle : en l’absence de négociations collectives programmées, les employeurs ont toujours été contraints de procéder à des révisions salariales annuelles. L’articulation entre l’augmentation légale et celle décidée en interne par l’entreprise constitue un cas de figure fréquent dans le paysage économique tunisien.
Notre interlocuteur souligne que pour les grandes entreprises, notamment celles en pleine croissance ou en phase d’essor, l’effet de ces hausses salariales est marginal. Ces structures disposent des capacités financières nécessaires pour absorber ces ajustements sans que leur productivité ou leur équilibre économique ne soit significativement affecté.
Le tableau est sensiblement différent pour les petites et moyennes entreprises. L’ancien directeur général de la FIPA identifie deux effets conjugués : une tension sur la trésorerie d’une part, et une compression des marges bénéficiaires d’autre part, que ces entreprises devront résorber progressivement sur les prochaines années. Il nuance néanmoins en précisant que le nombre de salariés concernés reste limité dans ces structures, ce qui leur permet d’envisager un rétablissement à moyen terme.
Notre interlocuteur insiste sur l’écart persistant entre les hausses accordées et la dégradation réelle du niveau de vie des salariés. Ces derniers subissent depuis cinq ans une augmentation significative du coût des produits de base, alimentée par les conflits internationaux et le phénomène inflationniste mondial. Si les augmentations salariales constituent un geste positif, elles ne compensent pas, selon lui, la perte de pouvoir d’achat accumulée. Le renchérissement général de la vie demeure supérieur aux efforts salariaux consentis.