La libéralisation du compte capital dans le paysage économique est loin d’être une simple question technique. C’est un chantier institutionnel et macrofinancier majeur, dont la réussite dépend de la séquence des réformes, de la crédibilité des politiques publiques et de la solidité des fondamentaux externes. Khouloud Toumi, analyste en politique économique, décortique, dans une déclaration à l’Economiste maghrébin, les enjeux et les scénarios possibles.
Analyste en politique économique, Khouloud Toumi situe d’emblée le débat : la réforme du code des changes s’inscrit dans la problématique plus large de la libéralisation du compte capital dans une économie émergente soumise à des déséquilibres externes persistants. Le régime actuel, précise-t-elle, repose sur un dispositif de contrôle administratif des flux de devises qui engendre plusieurs dysfonctionnements structurels.
La spécialiste en identifie quatre. Selon l’analyse, en premier lieu, ces restrictions induisent des distorsions allocatives en empêchant une affectation optimale de la liquidité en devises entre les différents agents économiques. En second lieu, elles favorisent l’émergence de tensions sur le marché des changes, matérialisées par un écart structurel entre le taux officiel et un taux implicite de marché, révélateur d’un désalignement persistant. En troisième lieu, ce cadre affaiblit, selon elle, la transmission de la politique monétaire via le canal du taux de change, tout en amplifiant la volatilité des anticipations et l’incertitude financière. Enfin, du point de vue de l’investissement, les restrictions sur la convertibilité et le rapatriement des capitaux augmentent la prime de risque pays, réduisant l’attractivité de la Tunisie dans l’allocation internationale des capitaux et conduisant, de son point de vue, à un équilibre sous-optimal en termes d’efficacité.
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Trois scénarios, un seul viable
Khouloud Toumi distingue trois trajectoires possibles. La première, qu’elle qualifie de réforme graduelle, repose sur une libéralisation partielle et séquencée du compte capital, assortie du maintien temporaire de certains contrôles durant la transition, du recours à des instruments macroprudentiels, d’un ajustement progressif du taux de change réel, d’une réduction graduelle du marché parallèle et d’une amélioration de la confiance des investisseurs. C’est, à ses yeux, le scénario le plus compatible avec la stabilité économique et le plus adapté à la situation tunisienne.
La deuxième trajectoire, que l’analyste juge risquée, est celle d’une libéralisation rapide. Une ouverture précipitée entraînerait, selon elle, une forte inflation, une volatilité accrue et un ajustement brutal des prix relatifs, dans un schéma comparable à des épisodes de crise de balance des paiements.
La troisième trajectoire est celle d’une réforme incohérente ou bloquée : réformes incomplètes, contrôles administratifs maintenus, marché des changes peu profond et crédibilité institutionnelle défaillante. Khouloud Toumi en décrit les conséquences: persistance du marché parallèle, inefficacité des mesures engagées, désalignements durables du taux de change et impact négatif sur l’investissement.
La reconfiguration institutionnelle, condition du succès
Pour Khouloud Toumi, la réforme du code de change dépasse largement le cadre d’une simple libéralisation technique : il s’agit, insiste-t-elle, d’une reconfiguration en profondeur du régime macrofinancier dans son ensemble. Le succès de cette entreprise repose, à son sens, sur trois variables déterminantes : la séquence de la libéralisation, la crédibilité des politiques publiques et la soutenabilité des fondamentaux externes. Seule une approche graduelle, conduite étape par étape et adossée à des fondamentaux solides, permettra d’assurer conjointement la stabilité externe, l’attractivité des investissements et une meilleure efficacité allocative.