Pour la Tunisie, le passage à l’électrique n’est ni un miracle, ni un piège, mais une opportunité conditionnelle. Tout dépend d’une stratégie globale intégrant renouvelables, infrastructures et industrie locale; plutôt qu’une simple importation de technologies étrangères. Reste à savoir si la voiture électrique représente vraiment une rupture pour un pays comme la Tunisie, ou si elle n’est qu’une nouvelle étape de dépendance technologique.

La vraie question porte donc sur l’écosystème autour du véhicule. Elle précise : « La voiture électrique devient une rupture lorsqu’elle s’inscrit dans une stratégie nationale plus large : développement des énergies renouvelables, modernisation du réseau électrique, infrastructures de recharge, formation des techniciens, maintenance spécialisée, recyclage des batteries, production locale de composants et intégration de nos entreprises dans les chaînes de valeur de la mobilité électrique. »
Sur le plan économique, l’enjeu est majeur. « Le véhicule électrique peut être moins coûteux à l’usage, car le coût de l’énergie par kilomètre est généralement inférieur à celui de l’essence ou du gasoil, et la maintenance est souvent plus simple. Mais il reste plus cher à l’achat, et son intérêt dépend fortement de la disponibilité d’une recharge fiable, du coût de l’électricité, de la capacité du réseau et du profil d’utilisation. Pour un particulier sans borne à domicile ou parcourant de longues distances, le passage immédiat au tout électrique peut être compliqué. En revanche, pour les flottes d’entreprises, les véhicules administratifs, les taxis urbains, la livraison du dernier kilomètre ou les usages réguliers en ville, l’électrique est déjà très pertinent. »
Environnementalement, l’avantage est réel, mais nuancé. « La voiture électrique réduit fortement la pollution locale, sans rejets de gaz d’échappement en ville, un bénéfice clé pour la qualité de l’air et la santé publique. Mais elle n’est pas “zéro pollution”. Son impact dépend de la production d’électricité, de la fabrication des batteries, de l’extraction des métaux, du transport des composants et du recyclage en fin de vie. Si l’électricité reste majoritairement fossile, l’avantage carbone est réduit. Adossée au solaire et aux renouvelables, elle gagne en intérêt environnemental. »
C’est pourquoi il ne faut pas opposer brutalement thermique, hybride et électrique. « Pour la Tunisie, l’hybride peut jouer un rôle de transition, en réduisant partiellement la consommation de carburant et les émissions, sans dépendre totalement d’une infrastructure de recharge encore insuffisante. Mais il ne doit pas devenir un prétexte pour retarder la transition, car il reste lié aux fossiles », ajoute-t-elle.
Ainsi, la voiture électrique peut être une rupture, mais seulement si elle devient un levier de transformation industrielle, énergétique et environnementale. Si elle reste un simple produit importé, elle risque de créer une nouvelle dépendance. Accompagnée d’une stratégie de recharge, d’énergies renouvelables, de formation, de recyclage et d’intégration industrielle locale, elle peut au contraire devenir une opportunité pour la Tunisie.
En conclusion, « pour la Tunisie, la voiture électrique n’est ni une solution miracle, ni une fausse bonne idée. Elle est une opportunité conditionnelle, pertinente si elle s’inscrit dans une stratégie globale : électricité plus propre, réseau robuste, bornes de recharge, recyclage des batteries, accompagnement des ménages et intégration de l’industrie tunisienne dans les nouvelles chaînes de valeur. À court terme, l’hybride offre une solution transitoire pragmatique; à moyen terme, l’électrique peut devenir un levier de compétitivité et de transition écologique », conclut-elle.