La Banque centrale de Russie devrait maintenir son taux directeur à 14 %, pour la deuxième réunion consécutive, alors que les frappes ukrainiennes contre ses raffineries continuent de perturber l’approvisionnement en carburants et d’alimenter les pressions inflationnistes.
Selon une enquête de Bloomberg (publiée le 23 octobre) auprès de onze économistes, la quasi-totalité des analystes anticipent un statu quo monétaire. Un seul prévoit une réduction de 25 points de base. La décision intervient alors que l’institution cherche à ramener l’inflation vers son objectif de 4 %, dans un contexte marqué par la hausse des prix de l’énergie et la persistance d’anticipations inflationnistes élevées.
Les attaques ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes ont ramené l’activité de raffinage à des niveaux particulièrement bas et provoqué des tensions sur l’approvisionnement en carburants. Certaines installations récemment remises en service ont de nouveau été endommagées, retardant le rétablissement des capacités de production.
La hausse des prix de l’essence se répercute sur les transports routiers et la logistique, augmentant les coûts supportés par les entreprises. Elle risque également d’entraîner des hausses de prix dans d’autres secteurs, si les ménages et les entreprises anticipent une inflation durablement plus élevée.
Selon les données du ministère russe de l’Économie, l’inflation annuelle était estimée à 7,15 % au 19 octobre, au-dessus de la fourchette de 6 à 7 % retenue par la banque centrale pour la fin de l’année. Les anticipations d’inflation des ménages ont légèrement reculé en octobre, à 13,2 %, mais demeurent élevées.
Natalia Milchakova, analyste chez Freedom Finance Global, estime que les conséquences des frappes de drones sur les raffineries ne peuvent être ignorées et que la hausse des prix des carburants continuera probablement d’alimenter les anticipations inflationnistes.
Un arbitrage difficile pour la Banque centrale
Le maintien d’un taux directeur élevé vise à freiner la demande, à contenir les anticipations de hausse des prix et à éviter que les augmentations initiales ne se diffusent durablement à l’ensemble de l’économie. Cette politique renchérit toutefois le crédit pour les entreprises et les ménages.
Les entreprises russes réclament un assouplissement monétaire afin de réduire le coût de leurs emprunts, de préserver leurs marges et de relancer leurs investissements. Mais une baisse prématurée des taux pourrait compliquer le ralentissement de l’inflation, alors que les perturbations de l’offre énergétique continuent de peser sur les prix.
La gouverneure de la Banque centrale, Elvira Nabioullina, doit s’exprimer lors d’une conférence de presse après la publication de la décision. L’institution devra notamment évaluer la persistance du choc énergétique, l’évolution des anticipations d’inflation et les effets des conditions monétaires restrictives sur l’activité économique…