Pour la journaliste et écrivaine Amal Belhout Blel, l’intelligence artificielle n’est ni mauvaise ni obligatoire. L’écrivain peut l’utiliser comme un outil ou s’en passer, à condition de garder la maîtrise de son travail et de rester reconnaissable par sa voix. Ces propos figurent dans un entretien accordé à L’Économiste Maghrébin concernant son ouvrage Ce qui reste de moi (« ما تبقى من أنا »), qui s’inscrit dans une réflexion actuelle sur l’identité à l’ère de l’intelligence artificielle. Relevant de la poésie moderne, ce livre est le dernier des trois ouvrages en langue arabe de l’autrice, après Souk Enhas (Le Marché du cuivre) et Siret el Baya (Biographie de Baya).
Interrogée par l’Economiste Maghrébin sur les romans écrits avec l’aide de l’IA ou coécrits avec elle, l’auteure, formée au journalisme en Tunisie, à l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI) de Tunis, puis en France, à l’École supérieure de journalisme (ESJ) de Paris, y voit un miroir qui révèle beaucoup, mais qui trouble aussi. L’IA peut servir de compagnon de route pour ne pas se laisser dépasser par l’époque, d’outil d’enrichissement qui centralise les sources, d’outil de vérification ou de catalyseur. La vigilance reste toutefois de mise, souligne l’écrivaine : l’humain, écrivain ou non, doit garder la maîtrise, comme pour toute innovation. La confiance et la sincérité demeurent essentielles, surtout dans l’art et l’écriture, et la fiabilité des sentiments doit rester simple, vraie et honnête. Choisir les livres d’un auteur, c’est d’abord faire confiance à sa façon d’écrire, par respect ou par curiosité, et l’auteur doit mériter ce choix par un travail qui lui ressemble et qui obéit à des principes d’honnêteté.
Écrire, rappelle l’écrivaine, c’est laisser une trace de soi, une marque qui échappe à toute prévision. Un roman écrit avec l’aide de l’IA peut naître d’une conversation entre l’humain et la machine, mais il ne devient une œuvre que si l’on peut toujours y reconnaître la voix de l’auteur. L’écrivain peut d’ailleurs se passer de l’IA, comme on peut choisir de marcher sans bâton ou d’écrire sans lumière artificielle, tout en gardant une touche artistique claire et authentique. Les lecteurs, juge-t-elle, sont très intelligents et reconnaissent le style des auteurs, une question d’intelligence émotionnelle au moment de la lecture. L’IA ne pourra jamais remplacer ce qui est en nous, ni ce qui reste de nous, conclut-elle.
Sur la genèse de l’ouvrage, l’autrice indique qu’il pose la question de ce que devient la personne lorsque sa conscience s’efface peu à peu dans la lumière froide du numérique. Le livre prend la forme d’un dialogue unique, ou d’une interview, fruit de la volonté de mêler journalisme et écriture, un choix qui lui ressemble aussi sur le plan professionnel, elle qui est journaliste indépendante pour le magazine Koul Al-Arab (Paris). Le texte se construit entre silence et résonance et s’articule autour d’une entrevue imaginaire avec « l’Éveil » (صحوة), personnage central. Cette entité est décrite comme hybride : à la fois voix intime, intrigante et source de suspense, elle passe par la projection algorithmique, sert de miroir de l’âme et reflète les données. Écrire a été une manière d’accepter de se tenir au bord du précipice, non pour y tomber, mais pour y écouter ce qui vit en nous.
Le parcours d’Amal Belhout Blel s’est également construit dans les médias audiovisuels. L’écrivaine compte plusieurs années d’expérience dans la production radiophonique tunisienne et la régie de contenus télévisés. Scripte de télévision à Nessma TV auprès du réalisateur Pascal Baradel, sur des productions telles que Ness Nessma, Qui veut gagner des millions ou Envoyé spécial Maghreb, elle a aussi été animatrice et productrice à Radio Jeunes Tunisie.
Ambassadrice de la paix de l’Universal Peace Federation International, certifiée à Genève, l’autrice a par ailleurs été responsable adjointe de la communication et attachée de presse de l’association Tunisie Passion France.