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Mohamed Hédi Zaiem : « On surestime la capacité de la législation à endiguer l’économie de rente »

L'Economiste Maghrébin
2026/09/24 at 5:12 PM
par L'Economiste Maghrébin 8 Min Lecture
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Jusqu’à ce jour, l’écrasante majorité des Tunisiens s’entêtent à croire que l’économie de rente demeure le principal obstacle qui empêche toute relance

Contents
Pour comprendre la problématique de cette économie de rente, l’ensemble des préjugés qui l’accompagnent et la prétendue incapacité des gouvernants à la démanteler, L’Économiste maghrébin a interviewé l’éminent économiste Mohamed Hédi Zaiem, auteur de deux ouvrages d’excellente facture traitant de la nouvelle macro-économie pour le développement et l’économie sociale : « Nomades » et « Les fausses pistes ».Quinze ans après 2011, malgré le consensus sur le démantèlement de l’économie de rente, aucun gouvernant n’aurait réformé. Qu’en pensez-vous?Les réformes seraient à portée de main et peu coûteuses. Pourquoi l’exécutif maintient-il le statu quo, et quelles réglementations réviser? L’intégralité de cette interview est à lire sur le magazine L’Economiste maghrébin n°954 du 23 septembre au 7 octobre 2026.

économique en Tunisie. Ces mêmes Tunisiens pensent également que l’État, complice, protégerait les bénéficiaires de rente qui seraient une cinquantaine de familles influentes, lesquelles détiendraient les activités les plus lucratives du pays et empêcheraient tout accès libre aux marchés.

Les observateurs de l’économie tunisienne estiment, pour leur part, que le démantèlement de cette économie serait à portée de main et consisterait en la promulgation de quelques textes réglementaires devant instituer le libre accès aux marchés et la transparence des procédures de l’octroi des marchés publics.

Pour comprendre la problématique de cette économie de rente, l’ensemble des préjugés qui l’accompagnent et la prétendue incapacité des gouvernants à la démanteler, L’Économiste maghrébin a interviewé l’éminent économiste Mohamed Hédi Zaiem, auteur de deux ouvrages d’excellente facture traitant de la nouvelle macro-économie pour le développement et l’économie sociale : « Nomades » et « Les fausses pistes ».

 

Pour comprendre la problématique de cette économie de rente, l’ensemble des préjugés qui l’accompagnent et la prétendue incapacité des gouvernants à la démanteler, L’Économiste maghrébin a interviewé l’éminent économiste Mohamed Hédi Zaiem, auteur de deux ouvrages d’excellente facture traitant de la nouvelle macro-économie pour le développement et l’économie sociale : « Nomades » et « Les fausses pistes ».

 

Dans cette interview, Mohamed Hédi Zaiem recadre les idées reçues sur l’économie de rente en Tunisie et fournit trois nouveaux et importants éléments d’information sur cette économie. Il a indiqué que les efforts déployés pour démanteler cette économie remontent à l’ère Ben Ali, que les institutions missionnées pour abolir cette économie, dont le Conseil de la concurrence, n’ont pas pu jouer leur rôle et que l’économie de rente ne bénéficie pas uniquement au cartel des patrons parasitaires proches du pouvoir mais également aux professions libérales, aux salariés titulaires, aux personnes opérant dans l’informel…

Dans cet entretien, Mohamed Hédi Zaiem tire à boulets rouges sur les économistes qui s’acharnent à lier le blocage de la croissance aux seuls mécanismes de rente et se livre à une analyse exhaustive sur le rapport investissement-emploi et sur les avantages et limites de l’investissement direct étranger (IDE).

L’entretien est truffé d’autres analyses fort instructives sur les risques non calculés du protectionnisme et de l’ouverture non étudiée sur les marchés extérieurs. L’interview mérite tout simplement qu’on s’y attarde. Elle vaut le détour.

 

Quinze ans après 2011, malgré le consensus sur le démantèlement de l’économie de rente, aucun gouvernant n’aurait réformé. Qu’en pensez-vous?

Cela n’est pas tout à fait vrai. D’abord cette question a été posée depuis bien avant les évènements de 2011. Mais elle a été très médiatisée depuis à la faveur de la libération des médias et leur invasion par tous les prétendants aux postes et aux privilèges. Ce n’est pas vrai qu’aucun des gouvernants qui se sont succédé à la tête du pays n’est parvenu, jusqu’à ce jour, à entreprendre les réformes nécessaires. Depuis Ben Ali, sous la pression de partenaires étrangers, beaucoup a été fait, mais en fait sans effet. Après la révolution, aussi. Nous avons bien un Conseil de la concurrence. Le hasard de certaines circonstances a fait que j’ai été pendant deux mandats (soit six an nées) membre de ce conseil.

De ce fait, je connais assez bien cette institution et j’ai eu l’opportunité de mieux connaître le cadre institutionnel. On tenait une réunion chaque semaine. J’ai vu cette institution jouer aussi bien un rôle consultatif qu’un rôle judiciaire. Mais j’ai aussi com pris que l’existence d’une réglementation et d’institutions est loin de garantir qu’une institution joue son rôle. Nous avons vu après la révolution certains centres de pouvoir politique dévoyer des institutions aussi puissantes que le Conseil supérieur de la magistrature ou l’INLUCC et les détourner…

 

Les réformes seraient à portée de main et peu coûteuses. Pourquoi l’exécutif maintient-il le statu quo, et quelles réglementations réviser?

Je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer quand on dit que «les réformes à entreprendre sont à portée de main et qu’elles ne nécessiteraient pas d’importantes ressources financières, mais juste des révisions législatives et réglementaires». L’étude de l’ITES, menée par une de nos professeures d’économie, conclut sur les mesures suivantes :

▶ Promouvoir une concurrence réelle et assainie.

▶ Garantir la contestabilité des marchés.

▶ Refondre le système fiscal pour restaurer l’équité.

▶ Réorienter la politique d’investisse ment vers la valeur ajoutée.

▶ Améliorer la gouvernance économique et la transparence.

▶ Réforme du système bancaire et financement inclusif.

▶ Numérisation et réforme administrative.

▶ Réforme foncière et régulation des rentes immobilières.

▶Réforme de la formation et du capital humain.

 

Ces propositions désignées comme « des actions opérationnelles pour démanteler l’économie de rente » sont présentées par les auteurs comme « réalistes, hiérarchisées et adaptées au contexte tunisien, ce qui les rend exécutables » ! Et le DG de l’ITES, dans un autre papier, de conclure que cette étude « pourrait servir de base solide pour un programme national de réformes, visant à libérer le potentiel de croissance du pays et renforcer la justice sociale.

Des questions persistent cependant : comment déclencher un effet de rupture du système rentier ? Quelle est la mesure la plus transformative ? Et comment mesurer l’avancée dans cette voie? L’ITES a eu le mérite de poser un cadre opérationnel. C’est désormais au gouvernement d’y plancher pour le mettre en œuvre ». On n’a pas besoin d’être un « expert » pour savoir que ces neuf propositions constituent un projet titanesque, et, comme une réforme législative même massive sera probablement improductive, on pourrait par exemple commencer par changer de gouvernement (demande menée tambour battant sur les réseaux sociaux), mais je ne pense pas que ça puisse fonctionner non plus. À mon avis, il serait plus aisé de changer de peuple et d’en inventer un nouveau, maintenant qu’on a l’intelligence artificielle (IA), capable de tout et mère de toutes les promesses pour nos penseurs. Je crois que vous avez tout compris, Si Khemaies. Vous comprenez aussi pourquoi l’État ne porte pas toujours d’intérêt aux solutions proposées par des « think tanks » de l’État, par les médias et experts indépendants. Je vous ai toujours dit « méfiez vous des experts », surtout lorsqu’ils se disent indépendants.

 

Propos recueillis par Khémaies Krimi

————————

L’intégralité de cette interview est à lire sur le magazine L’Economiste maghrébin n°954 du 23 septembre au 7 octobre 2026.

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L'Economiste Maghrébin 24 septembre 2026
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