Une étude d’envergure, dévoilée en août 2026 et intitulée « Pourquoi la réforme économique a échoué en Tunisie : évaluation des bailleurs de fonds et d’un pays en transition » (en anglais : Why Economic Reform Failed in Tunisia: Assessing Four Donors and a Country in Transition), met en lumière les défis et les opportunités rencontrés par la Tunisie dans son parcours de réformes économiques. Cette recherche a été menée par Sabina Henneberg, chercheuse de renom spécialisée dans les affaires nord-africaines et les relations internationales à l’Institut de Washington pour les politiques du Proche-Orient.
Elle a apporté des contributions notables à l’étude des processus de transition politique et démocratique dans la région, notamment avec son ouvrage Gérer la transition : la première phase post-révolution en Tunisie et en Libye, publié aux Presses de l’Université de Cambridge.
L’expert en économie Ridha Chkoundali s’appuie sur cette étude pour dresser un bilan sans de la décennie 2011-2021.
Une transition politique réussie, une économie en souffrance
La transition tunisienne, après les soulèvements de 2011, a été perçue comme le meilleur espoir de transition démocratique pour le Moyen-Orient, grâce à une constitution consensuelle, des élections libres et des institutions indépendantes. Cependant, les crises économiques profondes sont restées latentes et n’ont pas été traitées avec la même rigueur que le changement politique.
Il est essentiel de reconnaître la fin de l’illusion : l’effondrement officiel de l’expérience démocratique le 25 juillet 2021 a révélé une réalité brutale, à savoir que les réformes économiques n’ont pas réussi à soutenir la démocratie ni à améliorer la vie quotidienne des citoyens.
Quatre bailleurs de fonds au cœur de l’analyse
L’étude se concentre sur les acteurs clés du financement international : la Banque mondiale, le Fonds monétaire international qui sont considérés comme représentatifs de la vision occidentale du soutien apporté à la Tunisie entre 2011 et 2021.
La révolution a engendré une perte économique significative durant les premières années, pesant lourdement sur les perspectives de croissance et de stabilité du pays.
Recommandations et enseignements tirés
L’auteure de l’étude formule plusieurs recommandations pour améliorer l’efficacité de l’aide internationale dans les contextes de transition :
Importance d’une vision à long terme : les bailleurs de fonds doivent planifier leurs interventions sur de longues périodes (dix à vingt ans) pour soutenir les transformations économiques, car une seule décennie ne suffit pas à opérer un changement structurel.
Réalisme, clarté et absence de complaisance : il faut éviter de qualifier tous les pays en transition démocratique de « réussites » illusoires simplement parce qu’ils ont échappé à la guerre civile. Il est également nécessaire de prendre au sérieux les chocs externes en mettant en place des mécanismes d’urgence spécifiques.
Modifier les stratégies de communication avec les populations : il convient de convaincre la rue et l’opinion publique des avantages des réformes par le biais de campagnes de communication locales, afin d’empêcher la diabolisation des réformes et leur qualification de « complots impérialistes ».
Renforcer intelligemment les conditions : il est indispensable d’appliquer des conditions strictes dès les premières étapes décisives de la transition, notamment lors de la formation des premiers gouvernements.
Quelle appréciation critique de Ridha Chkoundali?
Selon Ridha Chkoundali, cette étude constitue un document analytique et documentaire important permettant de retracer les détails d’une décennie entière de dérives en matière de développement et d’aide extérieure en Tunisie, entre 2011 et 2021. Son idée centrale consiste à déconstruire le « paradoxe de la démocratie enlisée dans le pain », en montrant que les régimes démocratiques naissants s’effondrent lorsqu’ils ne parviennent pas à répondre aux aspirations en matière de conditions de vie, en raison de l’enlisement des réformes structurelles, de l’absence de consensus social et de la résistance des intérêts dominants.
Cependant, d’un point de vue critique, l’étude semble obéir à une vision partiale des prescriptions du Fonds monétaire international. Elle impute aux syndicats et à la rue la responsabilité de l’échec des réformes, en ignorant que la destruction de la classe moyenne. De même, l’étude tombe dans le piège du formalisme démocratique et passe sous silence le durcissement des conditions de prêt extérieur imposées par le FMI, qui consacrent souvent la dépendance au détriment de la souveraineté nationale et du développement autonome, à moins d’être accompagnées de négociations fermes de la part des emprunteurs.