L’Algérie engage une nouvelle réorganisation de ses ports commerciaux, avec l’objectif de spécialiser chaque infrastructure dans certains secteurs et de mieux répartir les flux d’importation et d’exportation.
L’Algérie veut revoir en profondeur l’organisation de ses ports commerciaux. Le président Abdelmadjid Tebboune a chargé le gouvernement d’élaborer un dispositif permettant de spécialiser les différents ports dans des activités ou secteurs déterminés, afin de mieux répartir les opérations d’importation et d’exportation et de dynamiser les échanges commerciaux.
La décision a été prise le 9 septembre lors d’une réunion gouvernementale consacrée au secteur de l’investissement, en présence notamment des ministres des Finances, de l’Industrie, du Commerce, de l’Agriculture et du Travail, ainsi que de représentants des Douanes et de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement.
Dans ce nouveau schéma, le port de Mostaganem, dans l’ouest du pays, sera exclusivement dédié aux opérations d’importation réalisées par les entreprises et établissements publics. L’objectif est de répartir plus efficacement l’activité portuaire entre les différentes infrastructures nationales.
Cette idée de spécialisation n’est toutefois pas nouvelle. Elle avait été avancée dès août 2022 par l’ancien ministre des Transports, Abdallah Moundji, dans le cadre d’une réflexion visant à réorganiser le trafic maritime commercial et à répartir les activités entre les ports selon une logique plus équilibrée.
Pour les autorités algériennes, la spécialisation doit notamment permettre de corriger les déséquilibres actuels entre les ports. Certaines infrastructures concentrent une part importante du trafic, tandis que d’autres restent sous-exploitées. Cette situation contribue à la congestion portuaire et entraîne des coûts supplémentaires liés à l’attente prolongée des navires au large.
La réforme vise ainsi à réduire les temps d’attente, améliorer la fluidité des opérations et optimiser les capacités existantes, plutôt que de faire reposer l’amélioration du commerce extérieur uniquement sur la construction de nouvelles infrastructures.
Cette orientation intervient alors que l’Algérie cherche plus largement à renforcer ses infrastructures logistiques et à moderniser la gestion de ses ports. Des mesures précédentes avaient notamment porté sur l’extension des horaires de travail dans plusieurs grands ports commerciaux afin de fonctionner en continu, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.
Le foncier industriel au cœur de la réforme
La réforme portuaire s’accompagne d’une autre mesure destinée à soutenir l’investissement : le lancement immédiat d’un recensement national du foncier industriel. Le gouvernement veut disposer d’une base de données précise sur les terrains disponibles et ceux déjà affectés à des projets industriels. L’objectif est de mieux connaître les réserves foncières mobilisables et de les intégrer dans une véritable cartographie nationale de l’investissement.
Selon des données présentées au Parlement en avril dernier par l’ancien ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, le portefeuille foncier industriel comptait 1 675 terrains disponibles, représentant une superficie totale supérieure à 3 100 hectares. Parmi eux, 1 427 terrains étaient destinés à l’investissement industriel.
Depuis 2022, la gestion du foncier industriel a été progressivement retirée aux autorités locales au profit de l’Agence nationale du foncier industriel, avec l’ambition de réduire les délais d’accès aux terrains nécessaires à la réalisation des projets.
Le « guichet unique » doit devenir opérationnel
Autre volet de la réforme : l’activation effective du « guichet unique » destiné aux investisseurs. Abdelmadjid Tebboune a demandé sa mise en service effective d’ici à la fin septembre 2026, afin de réduire les procédures administratives et de faciliter la réalisation des projets.
Le président algérien a également ordonné l’accélération de la numérisation des procédures d’investissement, en coordination notamment avec les services fiscaux, les Domaines de l’État et les Douanes.
La digitalisation de l’administration économique constitue depuis plusieurs années l’un des axes majeurs de la politique gouvernementale. Mais sa mise en œuvre a rencontré des résistances. En février 2025, Tebboune avait évoqué l’existence de blocages au sein de certaines administrations et accusé des intérêts financiers de s’opposer à la numérisation de plusieurs services économiques. Une commission d’enquête avait alors été chargée d’identifier les responsables de ces entraves.
Avec la spécialisation des ports, le recensement du foncier industriel et la généralisation du guichet unique, Alger cherche donc à agir simultanément sur trois maillons essentiels de la chaîne économique : la logistique, le foncier et les procédures administratives. L’enjeu est de réduire les coûts et les délais qui pèsent encore sur le commerce extérieur et l’investissement, tout en améliorant l’utilisation des infrastructures existantes.