Pour la première fois, l’Algérie a déployé dimanche 30 août 2026 des avions de combat au Niger après qu’une mutinerie contre la junte a été déjouée la veille à Niamey. En affichant son soutien aux autorités nigériennes, l’Algérie cherche en réalité à stabiliser ses frontières sud et surtout lutter contre les groupes djihadistes au Niger et au Sahel.
L’envoi de quatre Su-30 avec leurs équipages à Niamey relève-t-il d’un simple soutien politique ou marque-t-il une évolution de la doctrine militaire algérienne ? Selon le ministère algérien de la Défense, ce déploiement intervient « à la demande des autorités du Niger » et vise à soutenir l’armée du pays « face à la tentative de déstabilisation ».
Mais, selon les experts militaires, il s’agit d’une décision inédite pour l’Algérie qui, pour la première fois de son histoire, a envoyé des avions de combat, avec leurs équipages, dans un pays étranger.
En effet, quatre Sukhoï Su-30, un avion de transport militaire Il-76 et un avion ravitailleur Il-78 fournis par l’Algérie ont atterri dimanche 30 août à Niamey, capitale du Niger, au lendemain d’une mutinerie déjouée par le régime militaire avec l’appui de son partenaire russe et une semaine après la visite à Alger du Premier ministre malien.
Selon les autorités nigériennes, ces équipements viennent compléter les quatre hélicoptères algériens livrés le dimanche 9 août, soit deux Mi-171 et deux Mi-24. Niamey considère cet appui comme un « soutien stratégique » de l’Algérie aux Forces armées nigériennes, alors que le Niger reste confronté à la menace djihadiste et à des tensions internes.
Mutinerie
Rappelons le contexte de ce fait inédit. Le Niger vient de traverser l’une des crises les plus sérieuses depuis le coup d’État de juillet 2023. Dans la nuit du 28 au 29 août 2026, des militaires, notamment de jeunes officiers des forces spéciales, ont tenté de renverser le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au pouvoir. Les mutins ont attaqué simultanément le palais présidentiel et la base aérienne 101, située dans l’enceinte de l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey. Ils ont également tenté de prendre le contrôle de la télévision publique.
Or, lorsque les mutins ont pris le contrôle de la base aérienne 101, les forces loyalistes se sont retrouvées face à un problème majeur : plusieurs unités de l’armée auraient hésité à donner l’assaut contre leurs propres frères d’armes. La garde présidentielle est restée le principal soutien de Tiani.
Le jeu trouble de Moscou
C’est dans ce contexte que les Russes de l’Africa Corps, présents précisément sur cette base, sont entrés en action. Environ 200 éléments russes auraient participé à la reconquête de la base aux côtés des forces nigériennes loyalistes.
Selon Reuters, les forces russes auraient notamment utilisé des drones kamikazes contre les positions des mutins, contribuant à leur reddition.
A noter que jusqu’ici, la Russie se présentait essentiellement comme un partenaire sécuritaire du Niger, son rôle se limitant à la fourniture d’équipements, formation, présence et soutien dans la lutte contre les groupes jihadistes. Mais cette fois, les Russes sont intervenus pour sauver directement un régime militaire menacé par une rébellion interne.
Ainsi, le régime de Tiani, arrivé lui-même au pouvoir par un coup d’État en 2023, a désormais recours à une force étrangère pour empêcher qu’un autre coup d’État ne réussisse.
Pour rappel, après avoir rompu avec la France et éloigné progressivement les partenaires occidentaux, le Niger s’est tourné vers Moscou. Le Mali et le Burkina Faso ont suivi une trajectoire comparable. Les trois pays ont créé l’Alliance des États du Sahel (AES). Et en contribuant à sauver militairement le régime de Tiani, la Russie de Poutine démontre aux militaires au pouvoir au Sahel qu’elle peut offrir quelque chose que les partenaires occidentaux ne proposaient pas, à savoir une protection directe du régime lorsque celui-ci est menacé.
Enjeu géostratégique
Reste la question essentielle : pourquoi l’Algérie a-t-elle choisi de soutenir le régime Tiani ? D’abord, pour sécuriser sa propre frontière. En effet, pour l’Algérie qui partage une longue frontière avec le Niger, un effondrement du régime de Tiani ou une nouvelle prise de pouvoir militaire dans un pays déjà confronté aux groupes jihadistes pourrait provoquer une déstabilisation supplémentaire de toute la bande sahélienne. Alger, qui veut donc avant tout éviter le scénario du chaos à sa frontière méridionale, préfère un régime militaire stable, même contesté, à un Niger plongé dans une guerre entre factions militaires.
Ensuite, empêcher une victoire des jihadistes. Le Niger est devenu l’un des principaux foyers de l’insurrection jihadiste au Sahel. Les attaques contre l’armée se multiplient et constituent précisément l’une des causes du mécontentement qui a provoqué la mutinerie. Or, pour Alger, une chute de Tiani dans ces circonstances pourrait créer un vide sécuritaire dont profiteraient immédiatement les groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique.
Enfin, Alger cherche à récupérer son influence au Sahel. En effet, pendant plusieurs années, l’Algérie a vu son influence régionale reculer au profit de la Russie, notamment après les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Or, depuis quelques mois, Alger et Niamey ont entrepris un rapprochement. En février 2026, Tiani s’est rendu en Algérie et les deux pays ont annoncé le renforcement de leur coopération sécuritaire.
Pour conclure, le soutien apporté à Tiani au moment où son pouvoir était menacé peut donc être interprété comme un investissement géopolitique. Ainsi, l’Algérie montre qu’elle entend redevenir un acteur incontournable du Sahel. Surtout, elle ne veut pas laisser Moscou monopoliser le Sahel. Sauf que, ironie du sort, Moscou et Alger, deux puissances rivales au Sahel, se retrouvent momentanément du même côté pour empêcher la chute de Tiani !